Dans mon rêve,
perforant entièrement
ma moelle osseuse,
mon vrai rêve,
j’arpente Beacon Hill
à la recherche d’une plaque de rue –
à savoir la RUE DE LA MISÉRICORDE.
Pas là.
J’essaie du côté de Back Bay.
Pas là.
Pas là.
Et pourtant je connais l’adresse.
45, rue de la Miséricorde.
Et je connais le vitrail
du vestibule,
les trois étages de la maison
avec son parquet.
Je connais les meubles et
la mère, la grand-mère, l’arrière-grand-mère,
les domestiques.
Je connais l’armoire de Spode,
la barque à glaçons, en argent massif,
où attendent les cubes de beurre,
pareils à des dents de géant,
sur la grande table en acajou.
Je la connais bien.
Pas là.
Où es-tu passée ?
45, rue de la Miséricorde,
et la bisaïeule
agenouillée, dans son corset à baleines,
priant à voix basse mais avec ferveur
devant le lavabo.
Anne Sexton sera de retour dans deux jours. Avec la publication d'un recueil posthume aux Editions des femmes/Antoinette Fouque, traduit comme les trois précédents volumes par Sabine Huynh.
Mais le « travail des mots » n'est pas fini. Certains poèmes de Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu ont cependant été écartés nous apprend Linda Gray Sexton, fille de la poétesse. Ils présentaient un contenu trop intime ou pouvaient blesser les personnes concernées encore vivantes. Le manuscrit complet fait partie du fonds Anne Sexton, conservé à l'université de Boston, et sera peut-être un jour — qui sait ? — entièrement édité. Pour le moment, on se réjouit de découvrir ces textes inédits.

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