lundi 16 septembre 2019

Bâiller devant dieu


Il fut une époque où je ne bâillais jamais. Nerfs et tension me maintenaient toujours alerte et occupé. Bâiller me paraissait un luxe seulement à la portée des gens heureux. Un jour, j’ai vu par la fenêtre un homme au volant qui bâillait à se décrocher la mâchoire en attendant que le feu passe au vert. J’en ressentis une telle envie que j’écrivis : « Il bâille pendant qu’il lit le journal, bâille quand il discute avec ses amis, bâille quand il regarde la télévision ou se promène sur la plage, bâille quand il est avec sa petite amie, bâille sous la douche, bâille alors qu’on l’insulte ou qu’il a une rage de dents. Il est imbattable. Il bâillerait devant le peloton d’exécution. Il bâillerait même devant Dieu. »

Écrire ici puis me relire, deux types de narcissisme dont j’ignore les bienfaits à terme, mais qui me sont bien utiles pour le moment.
J’écris également pour tenter de circonscrire un monde qui, avec l’âge, me semble de plus en plus vaste. J’ai chaque fois la sensation d’en savoir moins, de voir moins de gens et de moins bien les comprendre. Tout me semble plus grand, lointain, inintelligible. Et j’ai l’impression d’avoir toujours moins de temps.
Jeune, tout nous paraît plus petit, plus clair, à portée de main, même si ce n’est pas de manière instantanée. Un roman, par exemple, est un roman et non pas un fragment de l’Histoire de la Littérature, cette Histoire que nous savons désormais ne jamais pouvoir embrasser et connaître dans sa totalité. Un ami est un ami et non pas ce sac de noeuds inextricables et ennuyeux qu’il deviendra par la suite. Nous tombions amoureux et plus aucune femme au monde n’existait. Plus tard, nous réalisons qu’il en existe des millions.


Il est avéré que la littérature est aujourd’hui un art en déclin. J'en veux pour preuve le sens généralement accordé au terme « littéraire ». « Poétique » signifie depuis longtemps « mièvre », et « théâtral » correspond à « affecté », mais il est désormais notoire que l’épithète « littéraire » signifie fondamentalement « pénible ».
Dire d’une oeuvre d’art, d’un tableau, d’un film ou d’une musique, qu’elle est « littéraire », est un jugement péjoratif. Mais déclarer qu’un livre possède une grande « force plastique » ou un « style cinématographique » revient à en faire l’éloge.
Parmi ceux qui ne pensent pas que les romans sont assommants se trouvent les lecteurs de « littérature populaire » ou de ce que l’on nomme les best-sellers. Ils étaient, il y a peu, considérés pour ainsi dire comme des êtres pervers. Les critiques parlaient d’eux avec une épouvante que je n’ai jamais partagée. Ils méprisaient ces gens qui lisaient « ces sous-produits frauduleux uniquement fabriqués pour des raisons commerciales ». Ils n’éprouvaient que l’effroi puritain caractéristique à propos du plaisir. Car une chose est sûre, les lecteurs de best-sellers sont habituellement plus satisfaits de leurs livres que les amateurs de la « littérature sérieuse ». « C’est pas mal, mais… », « Je préfère son livre précédent », « La construction est un peu faible », « Il y a quelques pages en trop »,… sont généralement les commentaires des seconds, une fois leurs lectures terminées. Les lecteurs de best-sellers ont l’air plus heureux et dépourvus de scrupules. J’ai été l’un des premiers à recenser des ouvrages de « littérature populaire » (une pratique alors répandue à l’étranger). À cette époque, je m’en souviens, le fait même d’écrire sur une romancière comme Patricia Highsmith passait pour une sorte de blasphème, une ingérence inacceptable au sein des suppléments littéraires. Avec le temps, dans l’intérêt de mes employeurs et du mien, on m’a, au sein du journal, enfermé dans le rôle du critique de best-sellers et de romans policiers. C’est du moins le genre de papiers qu’on me commande le plus. Cela me convient, car j’exerce ainsi dans une niche spécialisée et que, dans quatre-vingts pour cent des cas, je m’amuse bien. Si je me consacrais à l’autre littérature, je pense que j’atteindrais à peine vingt pour cent.


Nombre de ceux qui veulent devenir écrivains vendraient leur âme au diable pour bien écrire. Ce que j’ai appris avec l’expérience : on peut être un salaud et bien écrire, et il est fort probable que seuls les salauds parviennent à bien écrire.

Les anxiolytiques remplacent en quelque sorte les cuites d’autrefois. Il y a désormais moins de gaieté dans ma vie, une gaieté en plus faible quantité. Bien que mon état général soit certainement plus serein. Mais Samuel Johnson avait raison. L’homme n’a rien trouvé de mieux. L’invention humaine ayant le plus apporté de joie à l’homme est, de loin, la taverne.
Une joie de faible qualité ? Mais comment mesure-t-on la qualité de la joie ? C’est une joie réelle, et c’est bien suffisant.

Le fond de tristesse de certains visages, preuve vivante que le bonheur existe et qu’ils l’ont connu.

Iñaki Uriarte, Bâiller devant dieu,
trad. Carlos Pardo, préface de Frédéric Schiffter
éd. Séguier, 
en librairies
pour mon anniversaire me dit-on

mardi 10 septembre 2019

Par la même occasion

http://camarademocratica.blogspot.com/

A la demande générale, un autre poème inédit d'oncle Hank. 

les femmes de l'après-midi

fini les femmes qui frappent à ma porte
à 3 h du matin
avec la bouteille et le corps prêt à l'emploi ;
elles débarquent à 2 h 30 de l'après-midi
et dissertent au sujet de leur âme,
elles sont mieux roulées que ne l'étaient
les vieilles filles, mais l'affaire est entendue –
pas de coups d'un soir,
je dois acheter le film entier  ;
elles savent distinguer Manet de Mozart, elles ont lu tous les
Millers, et boiront un peu de vin
enfin juste un doigt, et leurs poitrines sont vastes et 
fermes
et leurs culs sont sculptés par
le démon du sexe ;
elles connaissent les philosophes, les politiciens et les combines ;
elles ont le corps et l'esprit,
et puis elles s'installent, me dévisagent et lâchent,
« tu sembles un peu nerveux, est-ce que tout va bien ? »
« o oui », je réponds, « au poil », en me demandant putain
qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

je vais pas gaspiller un mois pour un bout de fesse ;
et quels yeux terriblement magnifiques, o oui, les sorcières !
il faut les voir sourire, en sachant bien à quoi vous pensez – 
les coller sur un lit et qu'on n'en parle plus —
putain oui ! –
mais il s'agit d'une ère inflationniste
et avec elles
vous devez payer avant, pendant et
après, c'est
la femelle émancipée, et je ne suis plus un
écolier, et je les autorise à repartir
sans qu'il se soit rien passé, la plupart d'entre elles
ayant déjà derrrière elles
un ou deux hommes en ruine,
et juste une vingtaine de printemps, alors on convient d'un rendez-vous
plus tard dans la semaine, et elles se taillent
leur prix éternel ondulant
derrière elles
comme leur cul magnifique,
mais voilà que je me surprends à écrire,
le jour suivant,
« Chère K… : votre beauté et votre jeunesse sont juste insoutenables
pour moi. Je ne vous mérite 
pas, c'est pourquoi je vous demanderai d'arrêter là notre relation,
aussi infime qu'elle a pu
être…
bien à vous,
… »
après ça je souris, plie la lettre, la mets dans l'enveloppe, lèche
le rabat, ajoute le timbre,
et descends dans la rue
jusqu'à la boîte aux lettres la plus proche
laissant la femme émancipée aussi libre qu'elle
devrait l'être, et m'évitant quelques dommages
par la même
occasion.

Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants,
éd. Au diable Vauvert, 2019
trad. Romain Monnery

lundi 9 septembre 2019

Chansons d'amour


John Bignell

Après Sur l'écriture, il y a deux ans, les éditions du Diable Vauvert publient aujourd'hui un recueil de poèmes rares de Charles Bukowski, écrits entre 1969 et 1993, certains parus ici et là, dans des magazines plus ou moins underground, d'autres entièrement inédits, conservés à l'état de manuscrits dans des collections privées. La plupart n'avaient pas jusqu'ici été traduits en français. On ne pouvait pas louper cela. 


les conditions

présentement, d'après les conditions fixées par le soleil
mon monde touche à sa fin.
marqué par le ver,
bradé par une population mondiale
n'ayant aucune idée de mon existence,
présentement, d'après les conditions fixées par le soleil
mon monde touche à sa fin.
mes amis, on peut difficilement dire qu'il y ait eu des temps bénis.
j'ai montré du courage, de la pochardise et de la peur 
le cœur continue de battre
sous l'emprise d'une terreur absolue.

d'après les conditions fixées par le soleil
je me prépare à déposer 
les armes, la souffrance et le peu 
qu'il me reste d'honneur.




ça ne marche pas à tous les coups

j'ai connu un écrivain dans le temps
qui essayait toujours de resserer des phrases
par exemple il écrivait :
un vieil homme en manteau vert descendit la rue.

après correction :
vieil homme en vert descendait rue.

après correction :
vieil homme vert descendait rue.

après correction :
homme vert descendait.

après correction :
vert descendait.

pour finir cet écrivain disait,
merde, j'arrive pas à péter,

et puis il s'est tiré une balle
dans la tête.

tiré dans la tête.

tiré la tête.

tiré.



Chanson d'amour

j'ai mangé ta chatte comme une pêche,
j'ai avalé le noyau
le duvet.
calé entre tes jambes
j'ai sucé mâchouillé léché
avalé tout ton être,
ai senti tout ton corps se tendre tressaillir comme
un fusil-mitrailleur
j'ai fait de ma langue une flèche
et le jus a coulé
et j'ai avalé
pris de folie
suçant l'intégralité de tes entrailles –
ton con tout entier dans ma bouche aspiré
j'ai mordu
j'ai mordu
et avalé
et toi aussi
tu as cédé à la folie
alors je me suis retiré pour recouvrir 
de baisers ton nombril 
avant de glisser entre les fleurs blanches de tes jambes

j'ai embrassé croqué
mordillé, 
encore une fois
tout du long
ces merveilleux poils pubiens
qui m'attiraient m'attiraient toujours plus
j'ai résisté tant que possible
et puis j'ai bondi sur la chose
suçant et lapant,
des poils dans mon âme 
un con dans mon âme 
ton être entier dans mon âme 
dans un lit miraculeux
avec dehors des cris d'enfants
s'amusant sur leurs vélos
à roulettes aux environs de
5 heures de l'après-midi
cette heure merveilleuse
que constitue 5 heures de l'après-midi
tous les poèmes d'amour étaient écrits :
ma langue est entrée dans ta chatte et dans ton âme
le couvre-lit bleu était là
sans oublier les enfants dans l'allée
et ça chantait et ça chantait et ça chantait et ça chantait.



Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants,
éd. Au diable Vauvert,
2019

 trad. Romain Monnery

dimanche 8 septembre 2019

Une affaire de famille






Je percevais beaucoup de classe chez mon cousin Saturnino – Satur, pour les intimes, comme son père, et son grand-père. Camilo Blanes Cortés était le sixième d'une famille dans laquelle on se refilait le prénom de Camilo de grand-père en petit-fils. Et lorsqu'il se lança dans la chansonnette, il ne trouva rien de mieux que d'opter pour le pseudo de Camilo Sexto – Camilo le sixième, donc –, qui, le succès imposant un peu de décence, devint Sesto, plus discret. Dans ces années 1970 où ma fascination pour mon élégant cousin voyait le jour, Camilo Sesto se produisait en Jesus Cristo Superstar, dont j'entendais les standards pour la première fois dans la bouche de Satur. Jesucristo, Jesucristo, yo estoy aquí – avec orchestre symphonique et guitares électriques… Je ne me souviens plus s'il avait assisté à une des représentations de ce spectacle américain adapté en castillan. Certainement pas. Sa famille était aussi pauvre que la mienne et les sorties étaient pour ainsi dire inexistantes. C'est le cinéma qui viendra plus tard, mais c'est une autre histoire.
J'avais 11 ou 12 ans et j'essayais de trouver une manière de vivre, loin de la crasse et de l'ignorance. Avec Satur, son frère Loren, et les copains de ce quartier périphérique et populaire de Madrid, nous partagions l'amour du foot, le seul sport à portée de nos bourses, sur un terrain vague occupé plus loin par les gitans ou dans la cour bétonnée d'une annexe de la fac du coin. Ce n'était pas par la musique populaire que je m'élèverais, devinais-je certainement – après tout, c'était le style de musique que nous écoutions à la maison… Mais lorsque je voyais, lors de la retransmission d'une émission de variétés, mon cousin vibrer pour Camilo Sesto, dont il connaissait les paroles par cœur, j'en fis également mon pain quotidien. Le temps des vacances. Un ou deux ans plus tard, à la mort du generalisimo, nous nous installions dans un village des environs de Madrid, et la variété espagnole, résistant à la movida dont je n'avais aucun écho, flottait dans l'air, et le juke-box, du bar-restaurant tenu par mes parents. Lorsque les difficultés matérielles arrivèrent, mon frère et moi nous installions chez mon oncle Satur. L'aîné que j'avais pris pour modèle devait déjà être majeur – il est un peu plus âgé que ma sœur il me semble. Et l'une de ses mimiques préférées, lorsque sa mère dépressive l'exaspérait, ou son frère ou sa sœur, rarement son père, était de mimer son idole, légèrement moqueur, à ma grande satisfaction tant je trouvais Camilo parfois bien ridicule, la main balayant l'air avant de se refermer en un poing vengeur accompagné d'un Ya no puedo más. L'ambiguité sexuelle du chanteur devait séduire Satur qui, très beau jeune homme, était toujours entouré d'une cour de jeunes filles, ce qui m'excitait plutôt mais l'indifférait secrètement. Ce n'est que quelques années plus tard, alors que je connaissais mes premiers déboires amoureux, que nous nous retrouvâmes autour du cinéma, auquel Satur et ses amis m'initièrent, faute de trouver un autre terrain d'entente. Et tandis qu'ils célébraient l'explosion libératrice de la nuit madrilène sur les terrasses de la Castellana ou dans des bars obscurs de Chueca, je traînais mon spleen en flirtant avec une jolie blonde madrilène à qui j'offrais des livres de Pérec en castillan que je n'avais pas même lus en V.O. ou dans les étages de la Casa del libro sur Gran Vía… Tout m'échappait dans la poursuite de cette vaine fuite des origines. Comme elle semble loin aujourd'hui, et loupée, en apprenant cette nouvelle. Hier soir encore, je tentais d'expliquer à ma chérie, à qui j'avais montré des vidéos de Camilo Sesto il y a quelques mois, combien Madrid, ce que j'en ai connu du moins, me manquait. Mais il était impossible de le lui faire entendre. 


jeudi 5 septembre 2019

La pluie sur la mer



Le regard d'une femme, en fin de soirée, dans un bar, peut faire qu'une journée morte ressuscite. Et toi avec.

Certains prennent tellement le soin d'être à la mode qu'ils ont l'air d'une mauvaise plaisanterie ambulante.

Voir tomber la pluie sur la mer me fait penser à moi.

Autoportrait en hiver : un type solitaire, avec une humeur de chien et un parapluie.

Il arrive parfois que, dans un bar, ou au spectacle, tu détournes soudain les yeux et tombes sur une personne qui te fixe du regard. Garde cet instant en mémoire. Car jamais plus elle ne sera aussi sincère.

Elle était grande et maléfique et, paradoxe considérable, pauvre.

Le mot révolution jouit d'un charisme excessif.

Ces gens qui ont peur que nous remarquions qu'ils ne sont pas d'accord.

Jeune, j'ai exercé une mauvaise influence sur moi.

Quand tu embrasses une femme qui dort, ne prétends pas être le seul.

L'amour, s'il existe, résiste.

Cette putain de vie finira par tous nous tuer.

Les solitaires, cibles des raseurs.

Ne me parlez pas du peuple. J'ai été président d'un conseil syndical. Je sais ce qu'est le peuple.

Certaines cravates accentuent le désastre.

Etre un type sympathique… Je n'y pense même pas.

« Nous voulons décider de notre avenir ! » Encore une ronflante supercherie.

Les bonnes nouvelles, c'est une affaire de jeunes.

- Je n'ai jamais rien fait dont je devrais avoir honte, dis-je.
- Tu t'es déjà relu ?, répondit-elle.

L'amour et le quotidien tout au plus se supportent.

Tant qu'il y aura des bars et des librairies !


Karmelo C. Iribarren, Diario de K.,
Renacimiento, 2014
traduction maison

mardi 3 septembre 2019

lundi 2 septembre 2019


Elliot Erwitt

Je ne retrouve pas tous les prénoms, les peaux, les lieux de rencontres, ceux du plaisir, l'objet du désir obscur, le charme bourgeois de la discrétion, l'année, à qui appartenait cette poitrine, les promesses, ces grosses fesses, les désillusions, les morsures, les petites blessures, cette main sur mon épaule, les cris et les suçotements, les rires et l'attente, les lettres et les appels interminables tirant sur le fil du téléphone fixe, les escaliers dévalés et la ville entière pour elle traversée, la peau, l'infection rouge, nos dix-huit ans, nos idées hautes et nos trahisons, notre constant manque de fric, tes doigts dans ma braguette, la gueule à l'aube, le cafard du soir, la manif passée collés, qui m'a emmené à l'hôpital, ces balades dans les bois sur le siège arrière d'une moto, les langues avalées, les seins profanés, mon bras sous la table, les cassettes enregistrées autoreverse, l'alcool, l'étreinte au musée, nos définitives sentences sur l'avenir et les sourires, les disputes, la robe déchirée et les culottes oubliées, la sieste sur une terrasse abandonnée, sa voix dans la nuit, et ces pas dans l'escalier, les soutifs indégraffables, les douces ruptures et les rires violents, cette danse sur une jambe, la petite mort dans tes yeux, l'appétit de ta bouche, viens on se recouche, une claque à l'apéro, son souffle dans mon dos, une baise devant le feu, les livres au lit, un dîner polonais au fin fond du dix-huitième, les flics à la porte, le parfum d'une dame en noir, la séance de minuit, le dernier métro, l'amour sur le sable, ce cul sur la table, une promenade à vélo en bord de marne, la pluie au premier rendez-vous, ce sang sur les draps, la honte après une nuit ivre, la petite musique du petit déjeuner, le post-it sur le frigo, ce numéro de haute-voltige, j'ai tout oublié mais je jure, je ne renie rien, je n'ai aimé que toi, je suis prêt à tout recommencer. Là.


samedi 31 août 2019

La belle vie

J'ai squatté une bonne partie de l'été le bureau du collègue de Juju, enfoui sous les Tropiques. Je n'ai jamais compris ce que faisait exactement ce type, très sympathique au demeurant. Il place je crois des produits dans les magasins discount. Il a commencé par le livre. D'où ces titres qui m'entourent et me désespèrent : La cuisine pour les Nuls, Je me mets aux pilates, Je me mets au running, Je me mets à la musculation, Je me mets à la gym et un doigt dans le cul. Sur le bureau, un petit livre rouge nommé Insultes à la con. On y trouve quelques perles du style « Amphore à jute ! », « Crapaud de pissotière ! », « Descente d'organe ! », « Fiente de pigeon diarrhéïque ! », « Intellectuel au repos ! »… Essayez de placer une de ces trouvailles lorsque vous lâcherez vos nerfs sur le premier crétin pour une place de parking ou une queue de poisson… Des trucs pour mômes aussi, Mon premier mini-livre, Cendrillon en pop-up et à l'illustration dégueulasse, J'apprends tout tout seul, des dicos, des Annabac, des Titeuf, mais aussi, il faut se diversifier pour ne pas mourir, des tire-bouchons, des lunettes de lecture, des carnets et cahiers, des crayons dits Senior Pence, des trousses d'écolier, des jeux, des sacs à dos, des cartables sur roues, des ballons de beach-volley multicolores… Ça en intimiderait plus d'un. J'essaie de me concentrer. Le tournage du film de Jérôme Bonnel a pris fin, c'était un boxon sans nom dans la rue. Une équipe de cinéma, c'est une armée en déroute, ça commande, téléphone, murmure dans une oreillette et ça part dans tous les sens, ça fait silence un temps, pour une prise, et le vacarme reprend de plus belle, parfois il demeure même quand on tourne, il est un élément de plus de la scène ou du simple plan, un concept. Et on finit par se rendre. J'ai eu envie d'aller à la table-régie prendre dans mes bras Grégory Gadebois, en souvenir de Dupeyron. Mais il aurait fallu s'expliquer, essuyer une larme, je me suis retenu. D'autant que, me connaissant, j'aurais fini par le plaindre de devoir tourner ce genre de films pour bouffer. Toute l'action se déroule dans un café en une journée, m'a-t-on dit. Avec quelques plans en extérieur. Une histoire de rupture. Trois semaines de présence pour une rupture. Cinéma français. D'auteur.
Les camions ont disparu. Le café se refait une beauté. Les tournages font des dégâts, pas seulement dans les salles. La rentrée se précise. J'aime ce quartier étrange du douzième, sans véritable identité, une de perdue, aucune de retrouvée pour le moment, en voie de quelque chose, ni populaire, ni friqué ni tout à fait bobo, plus vivable que certains coins de Montreuil, du moins. Mis à part les loyers… 
La boutique jouxtant le bureau abrite l'atelier du vieux René, un type qui restaure objets et bijoux, travaille avec des matériaux désormais interdits en France, comme l'ivoire, et qui, pour cette raison même, ne pouvant plus former personne, est le dernier des Mohicans dans son domaine. En face, on restaure bergères, canapés et fauteuils. Une fille dans l'immeuble fabrique chez elle des bougies et vient faire la compta du collègue de Juju de temps à autre. Je dois alors décamper et m'exiler dans l'arrière boutique, collé à la cour et aux chiottes. Là, essentiellement des livres de poche sur les étagères, best-sellers, pardon page-turners, aux titres évocateurs Une vie parfaite, Demain, La Fille de papier, Si c'était à refaire, 7 ans après, Pars avec elle, Désolée, je suis attendue, Il était une fois l'amour…  L'autre jour, un courant d'air m'a enfermé dehors durant un quart d'heure. J'ai maudit un temps ma non-addiction au portable, envisagé d'escalader la grille de l'immeuble voisin, mais me suis souvenu de ma chance légendaire et pensé que mes parties n'échapperaient pas aux pics aiguisés sur la cime des barreaux. A mon âge aussi, ai-je pensé, et à mon état de forme. Je ruminais ma connerie lorsque la crypto-compatable n'a pu retenir une minute de plus une envie pressante et a rouvert la porte dont elle avait provoqué la fermeture en claquant celle de devant. Me trouver là ne l'a pas étonnée, ni suscité en elle le besoin de s'excuser. Je n'ai pas fait de commentaire. Audible, du moins. Mais elle a dû sentir mon mépris. Je ne l'ai pas revue depuis.
Juju est passée ce midi pour m'emmener croquer un morceau dans un boui-boui chinois sur l'avenue Michel-Bizot. Dans la salle du fond, elle a attiré mon attention sur une affichette, placardée depuis un moment sur une fenêtre du resto, donnant sur une cour semblable à celle où je suis resté enfermé :

Bonjour, Monsieur Voleur,
Vous avez passé chez nous à l'après-midi du 07/02/2019, volé la caisse de monnais, malheureusement, j'ai le caméra, il a tout enregistré.
C'est dommage, Monsieur, on se connaît. Je ne présente pas à la police ce fois ci, j'espère que vous ne venez plus comme le voleur. Si non je vais tout presenter.
J'aime bien Michel Bizot, c'est comme un petit village. J'espère qu'on peut continuer la belle vie, vous et nous.

jeudi 29 août 2019

Zobi !

Vivement l'automne ! La rentrée littéraire de septembre terminée, outre la publication, enfin, d'une sélection des Journaux d'Iñaki Uriarte, avec une préface de Frédéric Schiffter et dont on reparlera certainement ici, on se précipitera le 14 octobre avec grande joie sur un volume de quatre textes concocté par le regretté Clément Rosset et intitulé Ecrits intimes, dans lequel, nous dit son ami Santiago Espinosa, la personnalité de l'auteur de La Force majeure « ne transparaît pourtant pas, mais plutôt quelques-unes de ses manies ou celles de ses proches »… Extrait : 
 
Depuis quelques jours, je suis dérangé dans mes travaux par une mouche. C'est une assez grosse mouche, toute velue et toute noire, qui ne cesse de bourdonner autour de moi, de se poser sur la feuille sur laquelle j'écris, pour s'envoler à nouveau dès que j'essaie de m'en emparer, de faire mille acrobaties autour de ma lampe, de me poursuivre si je change de pièce, et enfin de me réveiller dès l'aurore par ses évolutions bruyantes et insupportables. J'ai bien essayé de la faire partir en la chassant en direction de mes fenêtres que j'ouvre en grand, ou de la tuer en l'assommant d'un linge quelconque à la faveur des brefs instants où elle s'immobilise ; mais rien n'y fait. Elle choisit des endroits peu accessibles pour y faire ses pauses, et a l'art de reprendre son vol à l'instant précis où je m'apprête à lui asséner un coup mortel ; si bien que je n'ai pas réussi, jusqu'à présent, à la prendre de vitesse. J'ai cru la tenir cet après-midi : elle observait une station prolongée, suspendue à mon plafond, et m'avait tout l'air de dormir. Après avoir installé silencieusement un escabeau pour me hisser jusqu'à sa portée, j'ai manqué une marche et me suis retrouvé par terre, fort contusionné. Le bruit de ma chute a réveillé la mouche qui a entrepris une ronde infernale à travers la pièce. Très énervé, j'ai pris le parti d'aller prendre l'air. J'espérais un peu qu'à mon retour la mouche aurait disparu ; mais elle était toujours là, et toujours bourdonnant.
L'obstination de cette mouche est surprenante. En général, une mouche que l'on pourchasse finit tôt ou tard par s'en aller d'elle-même, ou par périr sous vos coups. Il est vraiment singulier que je ne parvienne pas à la mettre hors de combat, d'une manière ou d'une autre. C'est, je crois, la première fois que je me trouve sans défense devant une mouche. Et je suis d'autant plus agacé que, cette mouche mise à part, tout va le mieux du monde pour moi : coeur, argent et affaires, comme disent les faiseurs d'horoscope. Mais il y a cette mouche qui, à elle seule, gâte tout.

Je l'ai eue : un coup de serviette appliqué de main de maître tandis qu'elle évoluait le long de ma fenêtre. Bon débarras.

Je suis un peu inquiet cependant. Impossible de retrouver le cadavre de la bête. Je suis pourtant certain de l'avoir assommée, je l'ai vue tomber à terre. Elle a dû se glisser sous le tapis, ou disparaître entre deux planches du parquet. Mais elle est bien morte ; et la preuve : elle a cessé de se manifester.

Réveillé, à six heures du matin, par la mouche. Sitôt levé et habillé, j'irai chez un pharmacien acheter un insecticide. Cette comédie a assez duré.

Clément Rosset, Ecrits intimes. Quatre esquisses biographiques,
éd. Minuit


mardi 27 août 2019

Rome ville ouverte

Anna K.

– Ça n'est pas trop déprimant ?
– Pas trop.
– Un sacré pavé. Tu as du courage. Moi, je ne pourrais pas.
– Personne ne te le demandera, rassure-toi. Moi-même, j'ai tourné autour durant des mois. Je suis toujours intimidé par les pavés, comme tu dis…
– Je me demandais…
– …Du coup, tu t'es dit Je vais le lui demander ?
– Quoi donc ?
– Ce que tu te demandais…
– Je vois…
– Alors ?
– Y a-t-il un livre qui a changé ta vie ?
– Effectivement, c'est ce que je redoutais…
– C'est-à-dire ?
– Je redoutais que ce que tu t'apprêtais à me demander n'aurait jamais dû m'être demandé…
– Ok, mais tu vois ce que je veux dire…
– Ecoute, je comprends ta question. Mais ça ressemble à une question de journaliste de magazine féminin. Ou d'émission littéraire de France 3. Tu sais, c'est le genre de question que pourrait poser ce type insupportable de mièvrerie et de bêtise, de fausses connaissances et de retoutable pouvoir de nuisance qui présente la dernière émission littéraire du paysage télévisuel en phase terminale.
– La Grande librairie ?
– Je ne sais pas, je n'ai pas la télé depuis des années… Je n'ai jamais vu cette émission. Simplement des extraits sur internet et un truc sur Roth où le présentateur, la speakerine comme dirait Godard, se mettait sans cesse en avant… Aucun intérêt. Mais pour répondre à ta question, les livres ne changent pas la vie. Point.
– Je vais formuler autrement.
– Est-ce bien nécessaire ?
– Il y a bien un livre, ou des livres qui t'ont marqué, qui t'ont influencé…
– Bien sûr. Mais je le répète : un livre ne change pas une vie. Je ne peux parler que pour moi bien entendu, je ne sais pas comment font les autres et je m'en fous... J'affirme qu'aucun livre n'a changé ma vie. Ma vie a toujours été et sera toujours merdique, quelles que soient mes lectures, espérer ou penser le contraire, c'est…
– …OK, OK. Est-ce que, par exemple, il t'est arrivé de rencontrer quelqu'un grâce à un livre ? Une femme, je veux dire…
– Tu en as beaucoup, des questions de ce genre ?
– Toi qui a toujours un livre dans la poche ou dans ton sac, ça ne t'est jamais arrivé ?
– Tu me sidères.
– T'es dans un café, tu lis ton bouquin et une femme t'aborde pour te parler de ta lecture… C'est simple, non ?
– Trop simple.
– Remarque, avec ta gueule de dépressif et ton genre de lectures, j'imagine qu'aucune femme n'a jamais osé t'aborder…
– Voilà enfin des propos sensés.
– Tu en reprends une ?
– Non, c'est trop sucré, ces machins…
– Ça te gêne si je reprends une bière ?
– Non, ne t'inquiète pas, j'ai déjà assisté à ce genre de spectacle.
– Imagine. T'es là, dans ce café, assis à une table avec Les Cahiers de Cioran ou avec ton Journal de Werth, ou le bouquin que tu trimbalais la semaine dernière, Perros, c'est ça ?, et une fille en face se pâme, se met soudain à rêver et fantasmer sur ce que votre liaison pourrait donner…
– Une liaison décevante et ennuyeuse, comme toute relation humaine. Mais on pourrait passer de bons moments au lit, à lire quelques anathèmes du génie des Carpates ou les considérations sur Laval…
– Laval, en Mayenne ou Laval, au Canada ?
– Laval à Vichy ! Peu importe, cette scène que tu décris n'arrivera jamais qu'il s'agisse de Laval en Mayenne, au Canada ou à Vichy…
– Détrompe-toi. En ce moment-même, à Rome a lieu un festival intitulé… attends…
– Tu ne peux pas m'exposer tes propos sans les faire certifier par ton téléphone dit intelligent ?
– Je veux retrouver l'info parce que je ne me souviens pas du nom exact du festival…
– C'est vrai, notre mémoire aujourd'hui, c'est nos machines qui s'en chargent…
– Voilà : Controfestival Speed Date. En ce moment-même, ce soir, des hommes et des femmes, dans les jardins du Château Saint-Ange à Rome, cherchent l'âme sœur un livre à la main…
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– C'est un festival organisé par la jeune génération d'écrivains italiens…
– Range ton appareil, c'est obscène. Je ne peux supporter le langage journalistique…
– Le principe est simple : tu as aimé un livre, qui n'a donc pas changé ta vie, mais tu peux en parler devant tout le monde, sur scène, et lorsque tu reviens parmi les célibataires qui viennent de t'écouter, une femme s'approche de toi et te demande si elle peut t'emprunter le livre…
– Jamais je ne prêterais un livre que j'aime à une inconnue. Déjà à des amis…
– Enfin, tu vois le principe.
– Oui, mais tu peux avoir aimé un livre et ne pas savoir ou ne pas avoir envie de t'exprimer en public.
– C'est possible. Les organisateurs te voient arriver avec ton livre et te conseillent, t'orientent vers la personne qu'il te faut. C'est plus efficace que les algorithmes. Leur slogan, c'est « Dostoïevskienne cherche Tolstoïen pour passer des nuits blanches ».
– Quelle saloperie ! Je n'ai aucune envie de rencontrer une femme ayant les mêmes goûts que moi. Je préfère de loin une joueuse de tennis ou une danseuse… Fais voir ton truc !
– Tu vois ? Ça t'intéresse…
– Non, je veux voir jusqu'où peut aller la connerie de nos contemporains…
« Une bibliothèque en dit long sur notre personnalité. C’est une sorte de miroir profond de l’âme »
– Tu parles d'un miroir. Si tu voyais comment sont rangés mes bouquins ! Il y en a dans toutes les pièces, par terre, sur mon bureau, la table, les étagères, couchés, debout, en tas…
– C'est le reflet de ton âme. Perdue…
– Possible. Je ne pourrais donc trouver qu'une femme illuminée, aussi névrosée que mézigue, sinistre à pleurer… Âme sœur, mon cul !
– Tu es trop négatif !
– Je ne suis pas animateur télé ! Attends voir. « Je t’ai vu hier au bal. Tu ressemblais à un prince russe. Je t’attendrai à la gare. Anna K. »
– C'est drôle, non ?
– C'est mortel. Mortellement drôle. Ça me donne envie de balancer tous mes livres et d'aller me réfugier au fond d'une grotte où je passerais des années sans le moindre contact avec mes semblables…
– Tu dis ça mais si, à ma place, en ce moment, se trouvait une belle jeune femme, une joueuse de tennis justement, qui aurait craqué pour toi parce qu'elle t'a vu lire Léon Werth, tu oublierais ta grotte et ton rôle de yéti mal léché…
– Quelle heure est-il ?
– 23 heures bientôt… Qu'est-ce que tu fais ?
Si je fais vite, j'ai le temps de repasser chez moi, prendre mon exemplaire de La tentation d'exister et choper un vol pour Rome ! Ciao bello !

lundi 26 août 2019

Ebranlements


Saul Leiter

22 décembre 1940
Il y aura demain une semaine que j'ai quitté mon nid et ma neige. J'ai passé ces journées à Lyon chez mon vieil ami Latarjet.
Depuis trois mois, je vivais seul face à la guerre, pas même face à moi-même. Je commence à comprendre que la solitude dissout le « moi », plutôt qu'elle ne le cristallise. Les premiers jours, elle est héroïque, bientôt elle n'est plus qu'un faisceau d'habitudes. Tout s'éloigne du moi et le moi s'éloigne de lui-même. Je veux bien qu'à pousser plus loin la solitude, on atteigne à un très haut état de méditation. Mais je me méfie. On a vite fait d'appeler méditation le demi-sommeil.
(…) Je me demande si trois mois de solitude n'ont pas transformé en obsessions les plus pauvres de mes pensées. La solitude ne priverait-elle pas l'homme de lui-même ? Il se creuse, et se creusant, il se vide de sa substance. Le meilleur ne nous vient-il pas par choc, par ébranlement ?
Léon Werth, Déposition, Journal de guerre 1940-1944,
éd. Viviane Hamy 


dimanche 25 août 2019

Intimité

Gilles D'Elia


1er décembre 1940
Arrêté du préfet : « La découverte de tracts extrémistes sur le territoire d'une commune entraînera l'internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu'ils ne soient déjà poursuivis judiciairement… »
C'est bien au-delà du délit d'opinion. Est coupable non seulement celui qui a commis le délit, mais qui peut être suspecté de l'approuver intimement.

Léon Werth, Déposition, Journal de guerre 1940-1944,
éd. Viviane Hamy 

samedi 24 août 2019

Dernière minute (de 2016)

 
Saul Leiter


A peine rentrée de vacances mais ayant pris le temps, malgré la canicule, de rattraper désespérément son retard sur l'actualité de ce blogue, une jeune lectrice et néanmoins attentive, avertie, et impitoyable, me signale, à propos du billet intitulé Pharmacie littéraire, avoir, il y a quelques années, acheté, la folle, un ouvrage au titre et au contenu très proches de l'expérience menée par la fameuse libraire-pharmacienne de Florence. Malheureusement, le truc ne l'ayant aidée en rien — puisqu'elle prétend passer son temps ici —, cette écervelée a balancé le livre ou l'a offert à une amie aussi perdue qu'elle, et ne se souvient donc pas du titre.
Après une recherche personnelle, rapide, et dispensable, je peux affirmer qu'il s'agit très certainement de Remèdes littéraires, sous titré Se soigner par les livres et concocté par deux bonnes femmes anglaises, Ella Berthoud et Susan Elderkin. Je ne peux résister à vous livrer ici l'argumentaire du livre, qui a eu raison de ma santé mentale :
Vous souffrez d'agoraphobie, de la crise de la quarantaine, d'une jambe cassée ou d'un chagrin d'amour ? Sachez qu'un livre peut avoir l'effet d'un prodigieux médicament, voire vous sauver ! Vous en doutez ? Essayez plutôt... Vous trouverez ici les meilleurs romans adaptés à votre cas. Garantis sans effets secondaires, ils vous permettront de traiter les pathologies telles que : abandon, alcoolisme, calvitie, rage de dents, mal de dos, harcèlement, hémorroïdes, insomnie, jalousie, ménopause, obésité, rhume des foins, solitude... et bien d'autres ! Adaptés à la sensibilité française par le journaliste littéraire Alexandre Fillon et enrichis par les conseils de vrais libraires, ces Remèdes littéraires proposent un parcours vivifiant et tonifiant dans l'histoire de la littérature mondiale.
En sus, deux citations imparables de ce que la grande presse a raconté du bouquin lors de sa parution en 2016...  
« Un bon imprimé vaut mieux qu'un comprimé. Gare à l'accoutumance ». Françoise Dargent, Le Figaro littéraire.
« Un ouvrage revigorant ». Olivia de Lamberterie, Elle.
L'amie lectrice se demande alors, m'écrit-elle, si elle ne se fait pas copieusement avoir en étant fidèle à ce blogue. La réponse me paraît plus que jamais évidente... 

Dans ton petit carnet


Elle dit : Ah chéri, je suis restée inconsolable si longtemps. Inconsolable, répète-t-elle. Inscris ce mot dans ton petit carnet. C'est le mot le plus triste du monde. J'en parle d'expérience. Mais finalement, je m'en suis remise. Le temps est galant homme. C'est un sage qui a dit ça. Ou bien peut-être une femme exténuée, je ne sais plus.
 Raymond Carver, Intimité, in Les Trois Roses jaunes,
trad. François Lasquin