lundi 22 juillet 2019

Princesse

Charles Harbutt

j'avais mis la nappe les bougies
le lambrusco au frais
un air de bandoneón
la salive entre tes jambes
le temps nous a déréglés
devançant notre fragilité
je glissais sur ton dos trempé
combat de géants
happant l'air de rien
l'asphyxie escomptant l'épuiser
arrête suppliais-tu jamais
rebelle héroïne
je ne pouvais plus entre tes mains
te retenir
te retournai pour échouer
entre tes seins
ce soir d'avril écumeux
nous a endormis collés
appesantis délaissés
souviens-toi de m'y faire encore rêver
lorsque demain princesse tu m'auras oublié
Charles Brun, Princesses et mendiants



mardi 16 juillet 2019

Faire face

La notion de prestige a, dans la militation culturelle, une part déplaisante. Une part excessive certainement en tout cas. La militation culturelle n'est pas, pour les œuvres qu'elle veut imposer, réclamatrice d'affection, mais de révérence.
Il est temps de faire face non plus à la signification précise réelle du mot culture – celle d'un ensemble d'œuvres données pour exemplaires ; mais à la coloration particulière qui est donnée actuellement à ce mot et qui a réussi à transformer non pas seulement le mot mais la notion elle-même dans l'esprit du public. Le mot de culture ne signifie plus à cette heure l'ensemble d'œuvres du passé proposées pour références, il signifie bien autre chose. Il est associé à une militation, un endoctrinement. Il est associé à tout un appareil d'intimidation et de pression. Il mobilise le civisme, le patriotisme. Il tend à fonder une sorte de religion, de religion d'Etat. Il fait une énorme part à la publicité, au point que la publicité – la plus insipide, la plus grossière – se trouve maintenant impliquée dans la production d'art à un tel degré qu'un déport se produit dans l'esprit du public. Celui-ci se trouve convié à révérer non pas la création d'art mais le prestige publicitaire dont bénéficient certains artistes. Il ne lui vient pas à la pensée de s’enquérir des œuvres mais seulement des voies publicitaires qui les véhiculent.
Les artistes eux-mêmes, et pas seulement le public, sont modifiés par la valorisation de la publicité à laquelle travaille la propagande culturelle. Ils sont eux aussi conduits à penser que la publicité prévaut sur le contenu de l’œuvre. Et ils sont conduits à subordonner, non plus la publicité à la nature de l’œuvre une fois celle-ci faite, mais l’œuvre elle-même, au moment de la faire, à la publicité à laquelle elle se prêtera à donner lieu.
Jean Dubuffet, Asphyxiante culture, 1968

samedi 13 juillet 2019

Pour ne jamais l'oublier


les yeux trouillés à l'insomnie
larmes trop aiguisées par le combat
fenêtre ouverte sur la rue pour nos chats
je coupe les mots avec le café
le jour se lève sur la France
un siècle qui nous semble bien plus court
au fameux cimetière de nos amours
moi aussi je connais la danse 
le sourire des filles ne me fait plus rien 
depuis qu'il n'y a plus d'étoiles dans le ciel
mais ces notes entêtantes de piano
mais cette femme 
aux cheveux déjà blancs
avance son téléphone offert à tous
comme le font les adolescents
sous la fenêtre une ombre lumineuse
elle chante à tue-tête
plus belle que ces filles aux lèvres pulpeuses
A nos amours
à peine tombée des bras de son amant
pleure-t-elle les hommes perdus
ailleurs nous sommes déjà vus
je chante avec elle 
parce que vieux et fou
je sais qu'un jour 
moi aussi je l'aimerai 
et la quitterai
pour ne jamais l'oublier

Charles Brun, Je sais plus dans quoi





jeudi 11 juillet 2019

On va s'arranger avec le stock

Gérard Depardieu sort de Cyrano, Jean Carmet de Bouvard et Pécuchet – manque Marielle, merde…
Et un matin – ne me demande pas lequel, je n'en sais rien et m'en moque – au pied du lit, durant un entretien filmé, et en attendant la charcuterie…



mardi 9 juillet 2019

Habiter le monde


Il y a quelques années, on demandait à Jean-Paul Dubois ce que représentait la littérature pour lui.
« J'adore les bouquins de John Updike, par exemple. Il était doté d'une compréhension du monde supérieure à la moyenne… mais ça ne l'a pas empêché de mourir d'un cancer comme un imbécile. Ecrire est un moyen de gagner ma vie. Et je n'ai pas plus d'importance sur Terre à cause de mes livres. C'est un boulot de longue haleine de se construire une vie qui ne mène à rien », répondait-il.
Parce que la lecture de l'ami Dubois m'accompagne depuis de nombreuses années, que je sais pertinemment que cette activité mène encore moins à quelque chose, je me réjouis d'apprendre que j'aurai bientôt son nouveau roman entre les mains et qu'il aura au moins la fonction de rendre plus courtes mes insomnies. Extrait :
J’ai compris très tôt que mon père ne serait jamais un vrai Français, un de ces types convaincus que l’Angleterre a toujours été un lieu de perdition et le reste du monde une lointaine banlieue qui manque d’éducation. Cette difficulté qu’il avait à habiter ce pays, à le comprendre, à endosser ses coutumes et ses us, déplaisait à ma mère au point que leurs conversations récurrentes à ce sujet ravivaient souvent d’autres points de friction. Malgré les seize années déjà passées en France, Johanes Hansen restait un irréductible Danois, mangeur de smørrebrød, un homme du Jutland du Nord, raide sur la parole donnée, l’œil planté dans le regard de l’autre, mais dépourvu de cette dialectique gigoteuse en vogue chez nous, si prompte à nier les évidences et renier ses engagements. De son pays d’accueil, il aimait par-dessus tout la langue qu’il utilisait avec un infini respect et une grande justesse gramma-ticale. Pour le reste, il semblait avoir les pires difficultés à trouver une vie à sa taille. Il disait souvent que de toutes les nations qu’il connaissait, la France était le pays qui avait le plus de difficulté à s’appliquer à lui-même les vertus républicaines et morales qu’il exigeait des autres. Surtout l’égalité et la fraternité. « Avec leurs couronnes de privilèges, vos présidents et vos petits marquis ressemblent tellement plus à des rois que notre pauvre reine Margrethe II ». C’est ce qu’il aimait souvent répéter à table pour éperonner ma mère. Il avait également beaucoup de mal avec l’arrogance, l’aptitude au mensonge et la déloyauté qu’il disait voir ruisseler de nos gouvernements. Quant à nos hommes politiques, il ne pouvait les imaginer que barbotant dans les thermes de la corruption et de la compromission. Anna coupait alors court à ce cortège de reproches. « Mais alors, pourquoi vivre ici ? Tu es libre de rentrer chez toi ». Mon père ne répondait jamais rien, mais, tous, nous entendions le timbre de sa douce voix : « Mon fils est ici et je t’aime ».
Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon,
éd. de l'Olivier, parution le 14 août

dimanche 7 juillet 2019

Hommage à la poésie


Le type, une dégaine de vieux cocker battu, se présente comme poète. Il a souvent travaillé avec notre hôte musicien. Un opéra-rock il y a quelque temps. Et plus récemment, un poème de 9 minutes mis en image et en musique, qu'il présentera en octobre prochain dans la ville voisine qui rend hommage à sa poésie. Il fait office de conseiller culturel dans ce qui constitue l'une des rares municipalités de droite du 93. Auparavant, il a exercé ces mêmes fonctions durant des années dans une autre ville de la banlieue sud, communiste celle-ci. Mais sans jamais avoir eu besoin de prendre la carte, ou devenir fonctionnaire, de ça il est fier, bien qu'il se dise homme de gauche. Plus je l'écoutais, plus j'avais soif. C'est surtout des créations pour faire de l'argent qui a amené ces deux-là à beaucoup travailler ensemble. A une époque, il avait une sacrée réputation. On l'appelait. On a ce budget, tu peux nous concevoir quelque chose ? Parce que notre interlocuteur au regard canin, autodidacte, ancien typographe, se dit aussi concepteur – événements, expos, livres d'artistes. Ses principaux clients, des entreprises telles que la Générale des eaux, des agences de communication… Pour le lancement de Vivendi, ils en ont palpé. Ça avait créé des jalousies, chez les gens de Canal notamment, mais c'est à lui qu'on avait fait appel pour la grande soirée à Mogador avec Messier et cie. Une belle réussite. Et dernièrement, lorsqu'il concocta ce grand événement autour de la planète Mars, il eut cette idée lumineuse de faire entrer sur scène trois Ferrari en hommage à l'astre rouge. Aujourd'hui, à bientôt 80 balais, il pourrait parfaitement profiter de son jardin, de ses petits-enfants et de ses chats, mais brûle encore en lui, dit-il, le feu de la création, qui le pousse à distiller toujours ses conseils culturels, ne jamais rater le Printemps des poètes, et à organiser des concours de poésie et des ateliers d'écriture. La collectivité territoriale, reconnaissante, financera la soirée hommage dans un petit resto associatif bien sympathique. Pour services rendus, dit-il non sans une certaine modestie, sa poésie sera enfin mise en avant, ce qu'il, par déontologie, s'était jusqu'ici gardé de faire. Avant de disparaître en Uber, il a balancé, accompagné par un bœuf batterie-guitare, quelques vers personnels et conclu par un standard de Vian, le tout malheureusement démoli par une balance mal réglée. J'ai encore mal dormi.

samedi 6 juillet 2019

La vie, l’amour, la mort



Il y a quelques jours, France culture diffusait une heure d'émission consacrée à Jacques Higelin. Si l'on parvient à surmonter une nouvelle prise de parole de l'impayable Goupil, on se délectera de celle du grand Jacques, et du témoignage de quelques uns de ses proches et collaborateurs.
C'est donc, si l'on peut, à écouter ci-dessous ou à télécharger ici.

vendredi 5 juillet 2019

Le nom des gens


– Tu connais le nom du Directeur Général de Calmann-Lévy, maison qui autrefois publiait Flaubert, Stendhal, Balzac, Hugo et qui aujourd'hui édite Laurent Gounelle, Guillaume Musso, Laurent Baffie, Michael Connely, Patricia Cornwell, Donna Leon, Eric Dupont-Moretti, Alex Vizorek, Philippe Vandel…, ce gars qui achète des « auteurs » comme d'autres achètent des footballeurs, un type qui est chevalier de la Légion d'honneur et des Arts et Lettres, qui a créé récemment la Fondation pour l'écriture après avoir été à l'origine du Labo des histoires…, tu sais le nom de ce mec ? Robinet. Philippe Robinet.

jeudi 4 juillet 2019

Autour de minuit

Brassaï


A minuit, je sucre des fraises
J'ai la feuille de vigne embrasée
Je me lève, je pèse mon pèze
Rue Saint-Denis, y'a bon baiser

Pas besoin d'être une sorcière
Pour avoir un manche à balai
J'en ai un qui me dit Poussière !
Tu iras où je veux aller

Il me nargue, il me tarabuste
M'enfournant dans ses réacteurs
Ce relatif petit arbuste
S'enracine au fond de mon cœur

Que désigne-t-il cet index
Pointé toujours vers l'azimut
Comme si le ciel avait un sexe
Comme si Dieu même était en rut?

Alors à minuit, moi je mange
De la femme avec mon bec tendu
Oui, j'en mange comme on se venge
D'être un ange trop mal foutu

D'avoir là, sous cette ceinture
Ah non, ça n'est pas élégant !
D'avoir là, qui dure, qui dure
Ce doigt borgne obsédé de gant

A minuit, je mange de l'homme
C'est mon métier, c'est mon destin
C'est comme du sucre de pomme
C'est mon sentier, c'est mon festin

A minuit je mange du jouine
Et du vieil, et de l'entredous
Je suis une groigne, une fouine
Un, un, je les mangerai tous

A minuit, je mange mon fils
Et mon père et le chancelier
Le sang tout blanc du maléfice
A faim de se multiplier

Les hommes naissent sur les berges
Du val de morts, dans tous les choux
Rouges, dans le genou des vierges
Comme du blé, comme des fous...

Alors à minuit, moi je mange
De l'homme, je croque grandes dents
Je bouffe le ruban orange
Et les souvenirs obsédants

Je mange la tête et le foie
Le jeu, le crime, le devoir
J'ouvre bien ma gueule qu'on voie
Que dedans nul ciel n'est à voir

Claude Nougaro/Jacques Audiberti



dimanche 30 juin 2019

Toujours plus loin


« On a évité de reculer mais nous devons aller beaucoup plus loin et nous mettrons toute notre énergie pour aller plus loin ».
Emmanuel « Champion du climat » Macron
27 juin 2019.

et le lendemain…

vendredi 28 juin 2019

Les maîtres de l'épouvante

via this isn't happiness

Ce matin, sur le chemin du boulot, je m'arrête au feu rouge collé au dernier kiosque à journaux de la ville. La une du Nouveau Magazine littéraire fait la belle avec Marilyn et l'un de ses jules. Mais ce qui me sort définitivement de ma nuit encore trop courte, ce n'est pas le bandeau du bas qui annonce un dossier sur « Les maîtres de l'épouvante » avec la photo de Stephen King, mais plutôt le titre du canard « Couples littéraires », son sous-titre, « Destins croisés » et la liste de noms sous la titraille :

Marcel Proust et James Joyce
Guy de Maupassant et Gustave Flaubert
Lou Andreas-Salomé et Rainer Maria Rilke
Arthur Rimbaud et Paul Verlaine
Adolph Hitler et Ludwig Wittgenstein
Hannah Arendt et Martin Heidegger
Anaïs Nin et Henry Miller
Marilyn Monroe et Arthur Miller
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre
Louis Aragon et Elsa Triolet
Gabriel García Márquez et Mario Vargas Llosa
Marguerite Yourcenar et Brigitte Bardot
Bret Easton Ellis et David Foster Wallace
Houellebecq et Bernard-Henri Lévy

Passe encore que l'on tombe sur le nom du Führer sous celui du poète de Charleville, tout le monde comprendra, mais ce que je ne saisis pas, c'est pourquoi l'auteur de Soumission est le seul de ces incontournables personnages à ne pas se voir attribuer un prénom ?
Arrivé au bureau, je cherche une explication sur le site de cet indispensable journal (groupe Perdriel, en banqueroute) mais le maigre texte placé dans le sommaire me laisse sur ma faim :

À la veille de l’été, Le NML s’improvise club de rencontres. L’amour, l’amitié, l’intérêt, la jalousie, le hasard… Les écrivains ont mille façons de se croiser, pour le meilleur, pour le pire et parfois pour l’improbable.

Hitler est écrivain au même titre que l'interprète de Certains l'aiment chaud ou que le pitre de Saint-Germain en chemise blanche, nous dit-on en substance. 
Suivent les signatures des textes de ce dossier de l'été : Aurélien Bellanger, Geneviève Brisac, Camille Brunel, Thomas Clerc, Julia Deck, Bruno Blanckeman, Dorian Astor, Christian Garcin, Robert Kopp, Philippe Labro, Christine Montalbetti, Philippe Forest, Patrice Pluyette, Philippe Vilain… 
La fine équipe ! De quoi renoncer définitivement à en savoir plus...


***


En surfant encore un instant sur la toile, j'apprends que l'Académie française vient de distinguer des artistes qui « font vivre avec talent la langue de Molière dans le monde entier ». Au tableau d'honneur, parmi 64 autres personnalités dites de premier plan, sont mis en avant les noms d'Édouard Baer, prix du théâtre, de Valeria Bruni-Tedeschi, prix du cinéma René Clair et de Vincent Delerm, Grande médaille de la chanson française...
Le Grand prix de la Francophonie, la plus prestigieuse récompense de l’institution, doté de 30 000 euros, a été attribué au secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, Abdeljalil Lahjomri, ex-aequo, comme à l'Ecole des fans de l'inestimable Jacques Martin, avec le poète tchèque Petr Kral.
Plus loin, je lis que le Grand prix de philosophie revient à Jacques Bouveresse « pour l’ensemble de son œuvre » et que Marcel Gauchet de son côté a reçu le prix Guizot (récompensant un ouvrage d’histoire) pour Robespierre, l’homme qui nous divise le plus (chez Gallimard, bien sûr).
Enfin, but not least, Olivia de Lamberterie, journaliste à Elle (propriété du milliardaire tchèque Daniel Křetínský), a reçu le prix Moyon (ça existe...) pour son roman Avec toutes mes sympathies (chez Stock, propriété de Lagardère) ; roman récompensé pourtant par le prix Renaudot de l’essai, l’an dernier. Il s'agit, rappelons-le, du récit, nous dit-on, « bouleversant » dans lequel la rédactrice-en-chef adjointe du canard fondé par Hélène Lazareff, relate le suicide de son frère...

***


Plus tôt dans la semaine, j'avais aperçu le manifeste lancé, sous l'égide du Syndicat de la librairie, pour la défense du prix unique du livre face à l'hégémonie du mastodonte américain de la toile. « Alors que le prix unique a fait ses preuves sur le plan économique et culturel et que l’ensemble de la classe politique le soutient, nous avons un acteur très puissant qui s’est installé au cœur de notre marché et qui travaille petit à petit à en saper les fondements », pouvait-on lire. 
Je ne voudrais pas faire le malin, mais pour ce qui est de saper les fondements, certains médias et certaines institutions se posent là, non ?

jeudi 27 juin 2019

Trop de bonheur

via Louxo's

Je viens de recevoir la newsletter de Gallimard axée sur les lectures d'été. Des conseils, des plus sérieux, où ne figurent bien entendu que les auteurs maison, et quels auteurs ! Extrait :
L'été approche et vous ne savez pas quel(s) livre(s) emporter ? Optez pour un roman d'aventure (Jean-Christophe Rufin), une saga familiale (Francesca Melandri), un roman historique (Franz-Olivier Giesbert), ou une grande épopée romanesque (C.E. Morgan et Dai Sijie). Si vous cherchez une critique éclairée de la société, les romans de Philippe Djian et Marc Dugain devraient vous ravir. Aux adeptes de romans intimistes, nous conseillons ceux de David Foenkinos, Orhan Pamuk et Jean-Marie Laclavetine. Quant aux amateurs de découvertes, laissez-vous tenter par deux premiers romans récemment primés (Diane Chateau Alaberdina et Marie Gauthier).
J'hésite entre tant de promesses de bonheur. Je n'ai pas encore cliqué de peur de finir par tous les acheter… 
Autre possibilité, aller prendre l'apéro chez ma voisine (voir photo ci-dessus) qui, m'a-t-elle dit, ne part pas en vacances (qu'elle a en horreur !) de tout l'été et me promet aventures, découvertes, du romanesque, de l'intimité et quelques breuvages sans prix…

mercredi 26 juin 2019

Additions


Antoni Taulé

tu te souviens
on se prenait pour les amants 
d'une chanson de Cohen que tu ne connaissais pas
et à la pointe du jour
tes cheveux sur l'oreiller
comme une tempête d'or endormie
et toutes ces âneries
méritions-nous de finir comme ça ?
à peine debout lascive tu entamais une biguine
tu venais d'un pays d'Orient j'étais le lendemain matin

pas même l'ombre de ton chien
tu me reprochais de ne jamais parler d'amour et de chaînes

mais je travaillais dur pour ton sourire
et dans l'arrière salle

près de la porte des chiottes
isolés et déconnectés
nous nous collions sur la banquette moleskine
tu notais tout dans un petit carnet noir
et j'enquillais la main sous ton pull

caresses morsures et soupirs 
tandis que tu me léchais l'oreille
tu disais que tu ne pouvais vivre sans moi
combien de fois m'as-tu quitté ?
garçon deux nouvelles pintes

finies les ardoises
laisse je m'en charge
c'est pour moi les souvenirs
je règle tout


Charles Brun, Souvenirs d'un grand seigneur

samedi 22 juin 2019

Par terre

Au pied du lit, m'attendent, peinards, quelques ouvrages récents que, veinard, je viens de recevoir et pense pouvoir lire bientôt. Bien entendu, on ne va pas se mentir, ces lectures ne risquent pas de me guérir de mes insomnies...


Jean-Loup Trassard, Verdure,
éd. Le temps qu'il fait, 2019

Né à la campagne comme on le sait, l'auteur de L'Homme des haies s'est, dès les années 1970, inquiété du sort réservé aux arbres, ruisseaux, forêts, pillés, polués, défigurés..., et a livré ses observations ici et là (du journal municipal aux quotidiens et autres magazines et revues). Les excellentes éditions Le temps qu'il fait (salut à Armand Robin !) nous proposent aujourd'hui ce recueil de textes poétiques et politiques. Dans l'un d'eux, cette question sans illusion : « Si nous nous contentons d’envoyer une giclée d’encre à la face d’une telle imbécillité, croyez-vous que les ruisseaux et nous-mêmes pourrons continuer longtemps à suivre les méandres qui nous plaisent ? »



Henri Calet, Mes impressions d'Afrique,
éd. PUL, 2019

Autre recueil qui semble indispensable, celui des écrits de Calet lors et après ses voyages en Afrique du nord lorsque au-dessus de l'Algérie et du Maroc flottaient encore le drapeau tricolore colonial. Réflexions, notes, textes inachevés, mais aussi entretiens autour du sujet. Cette publication est dirigée et présentée par Michel P. Schmitt, professeur émérite de littérature française à Lyon 2, spécialiste d’Henri Calet et déjà responsable des éditions de De ma lucarne (Gallimard, 2014) et plus récemment du sompteux Paris à la maraude (éd. des Cendres, 2018).





Louis-Ferdinand Céline, Cahiers de prison
février-octobre 1946
, éd. Gallimard, 2019

Du fond de sa cellule 609, section K., de la prison de l'Ouest de Copenhague, Céline réclame de quoi écrire et finit par obtenir de l'administration pénitentière dix petits cahiers de 32 pages. Durant  environ un an, il évoque ses souvenirs de Montmartre et de Londres, les périples de l'exil, la « persécution » dont il se dit, sans rire, victime — « C'est moi maintenant le traître, le monstre, c'est moi qu'on s'apprête à lyncher » — mais aussi les livres que lui apporte Lucette : Chateaubriand, Hugo, Chamfort, Voltaire... Des écrits qui semblent annoncer la trilogie (D'un château l'autre, Nord et Rigodon) qui verra le jour 10 ans plus tard, ce que Jean Paul Louis, responsable de cette édition pour Les Cahiers de la NRF, nomme la « seconde révolution narrative et stylistique » de l'auteur de Mort à crédit... 


Pier Paolo Pasolini, Entretiens (1949-1975),
éd. Delga, 2019

Lit-on encore Pasolini ? Je l'espère. Sous la direction de Maria Grazia Chiarcossi, ce choix d'entretiens sur une bonne vingtaine d'années, la plupart d'entre eux, est-il spécifié, inédits en français, pourrait être une première approche de la pensée du poète-cinéaste et sympathisant communiste, l'un des plus brillants analyste du monde contemporain et défenseur des cultures populaires en voie déjà d'extermination. Au cours de sa dernière prise de parole (éditée par Allia autrefois), PPP affirmait : « Les quelques personnes qui ont fait l’Histoire sont celles qui ont dit non, et non les courtisans et les valets des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être grand, et non petit, total, et non pas porter sur tel ou tel point, « absurde », contraire au bon sens. Eichmann, mon cher, avait énormément de bon sens. Qu’est-ce qui lui a fait défaut ? La capacité de dire non tout en haut, au sommet, dès le début, tandis qu’il accomplissait une tâche purement et ordinairement administrative, bureaucratique. Peut-être qu’il aura dit à ses amis que ce Himmler ne lui plaisait pas tant que ça. Il aura murmuré, comme on murmure dans les maisons d’édition, les journaux, chez les sous-dirigeants politiques et à la télévision. Ou bien il aura protesté parce que tel ou tel train s’arrêtait une fois par jour pour laisser les déportés faire leurs besoins et avaler un peu de pain et d’eau, alors qu’il aurait été plus fonctionnel ou économique de prévoir deux arrêts. Il n’a jamais enrayé la machine. Alors, trois questions se posent. Quelle est, comme tu dis, « la situation », et pour quelle raison devrait-on l’arrêter ou la détruire ? Et de quelle façon ? »



Cédric Biagini et Patrick Marcolini (sous la dir. de),
Divertir pour dominer 2
, éd. L'échappée, 2019
Impossible suivre de près la richesse et la diversité des publications des éditions de l'Echappée — qui portent bien leur nom. Elles nous écraseraient ou du moins occuperaient l'essentiel de nos lectures tout au long de l'année. Ce dernier titre, suite d'un ouvrage paru il y a dix ans, consacrée aux addictions culturelles d'aujourd'hui et autres aliénations (séries, jeux vidéo, pornographie, consumérisme...) est des plus stimulants. De cette pile qui me nargue sur le parquet de la chambre, il est le premier volume dont je viens de commencer la lecture. Peu adepte des séries, je vais certainement y trouver la réponse à la question posée par un vieil ami il y a quelques jours. Le nombre de ces productions télévisuelles, addictives et formatées pour leur passage entrecoupé de pages de pub sur les petits écrans, ne cesse de croître alors même que la consommation de ces flux d'images s'éloigne toujours plus des traditionnels postes de télévision. Leur visionnage par téléchargements, légaux ou piratés, ou grâce aux coffrets DVD, n'offrent pas (encore ?) au consommateur le plaisir d'être, toutes les douze minutes, harcelé par ces marques qui financent la fabrication de ses images préférées. Partant, comment expliquer le succès et la surproduction toujours plus grande de ces objets sans y déceler un projet désormais essentiellement politique ? 


jeudi 20 juin 2019

Cinéma et tortillas


C'est donc en cours depuis 3 jours – où avais-je la tête ?
avant-premières, films rares, rencontres
et hommage au précieux Sergi López en sa présence, ce dimanche
programme complet ici
et si vous n'aimez pas le cinéma,
vous pouvez toujours vous inscrire au concours de tortillas

 

mardi 18 juin 2019

Vivre vivant

Gilles d'Elia

Lorsqu'un vivant se tue, c'est chez les vivants, une grande effervescence.
Comme lorsque la maison flambe, qu'on baptise le petit ou qu'on écrase le chat avec la voiture d'enfant par inadvertance.
— Nous le voyions si souvent, le sourire aux lèvres et le verre à la main, et il s'est tué lui-même, c'est à peine croyable...
— Et pour quelles raisons ?...
Et tous de trouver des réponses.
Singulière et peu vivante question, singulières et peu vivantes réponses.
Souvent, les hommes réclament ce qu'ils appellent la Vérité : avec incohérence, mais avidement leurs yeux supplient qu'on leur mente. Beaucoup parmi eux vivent de simulacres et ces simulacres leur sont plus indispensables que le pain, l'eau, le vin, l'amour ou les lacets de leurs chaussures.
Par chance et malchance et par concours de circonstances, enfance privilégiée, chute sur la tête, enfin n'importe quoi, celui qui veut et qui peut échapper à cette affreuse façon de vivre et qui sait qu'au delà du quai les tickets sont tout de même valables, puisqu'il n'a pas pris de ticket essaye de vivre autrement, essaye de vivre vivant.
Parfois il réussit.
Et comme l'autre prouvait le mouvement en marchant il prouve le bonheur en étant heureux.
Et il s'habitue à cette vie.
Mais presque tout s'unit contre les vivants vivants. Et c'est le chœur des méprisants : « Regardez celui-là, il se laisse vivre et il ne donne pas ses Raisons ! »
Parfois le vivant en a marre.
Parfois un être qui adore la vie se tue tout vif et sourit à la vie en mourant.
Le cheval calculateur qui se tue en pleine représentation, en pleine piste, le public suppose qu'il a fait une erreur dans ses chiffres et qu'il ne peut supporter un pareil déshonneur.
Brave cheval calculateur !
Tout petit, quand, à coups de fouet, on t'apprenait à faire semblant de compter, déjà tu pensais à mourir, mais personne ne le savait.
Jacques Prévert, Spectacle



samedi 15 juin 2019

Littérature et pizza

Les organisateurs de l'événement, fiers de leur oeuvre (Le Parisien)

La littérature sera donc à l'honneur ce week-end en banlieue est pour la 11e édition du salon Saint-Maur en poche, organisé par la librairie de La Griffe noire (Val-de-Marne).
Le thème de cette année : Héros et héroïnes.
Débats et conférences, lectures, mais aussi rencontres avec de nombreux auteurs, signatures et renflouement des caisses. On se précipitera donc pour aller saluer comme il se doit les grands noms de la littérature contemporaine française d'aujourd'hui en 2019. Car sont, entre autres, invités Hélène et Marina Carrère d'Encausse, Michel Drucker, Thierry Beccaro, Marc Lavoine, Gérard Courtois, Guillaume Musso, Marc Levy, Tatiana de Rosnay, Charlotte Valandrey, Pierre Palmade, Katherine Pancol, Alexandra Lapierre, l'incontournable Aurélie Valognes et même François Hollande !
Malheureusement, Frédéric Beigbeder, victime d'un accident d'espadrilles basques, a dû déclarer forfait au dernier moment... Ce n'est, nous l'espérons, que partie remise !
J'apprends à l'instant que ce cher et discret Frédéric, histoire de consoler ses fans de banlieue vient de mettre en ligne une de ses rares apparitions sur les plateaux TV. Et oui, déjà tout petit...


vendredi 14 juin 2019

Après la démocratie


Les anti-fascistes ont mauvaise presse. Un ami me signale un communiqué publié il y a quelques jours par Libérons-les. Il y est question d'Antonin Bernanos qui, comme c'est le cas pour Gaspard Glanz, et quelques autres, est régulièrement pris pour cible par les forces du désordre républicain. Je ne connais pas vraiment le fond de l'affaire qui a mené une nouvelle fois le petit-fils de l'auteur des Grands cimetières sous la lune derrière les barreaux – pas le souvenir d'avoir lu la moindre ligne dans nos grands médias –, mais j'ai gardé des réflexes de journaliste et m'empresse donc de coller le texte ci-dessous sans rien vérifier ni recouper.

Antonin Bernanos, antifasciste parisien, en prison depuis près de deux mois en raison de son militantisme.

Le 15 avril dernier, des militants antifascistes de la région parisienne ont été arrêtés suite à une confrontation de rue avec des membres des groupuscules d’extrême-droite Zouaves Paris, Milice Paris et Génération Identitaire. Cet affrontement fait suite à une série d’agressions de la part de ces bandes fascistes au sein du mouvement des gilets jaunes, comme celle très remarquée du cortège du NPA le 26 janvier à Paris. Dans cette affaire du 15 avril, les militants fascistes n’ont pas été inquiétés par la justice et l’un d’eux a même porté plainte. En revanche, plusieurs militants antifascistes ont été mis en examen et Antonin Bernanos a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention, Charles Pratz, au centre pénitentiaire de Fresnes le 18 avril 2019. Hier, le 11 juin 2019, la chambre de l’instruction a décidé de rejeter l’appel de cette décision et a confirmé le maintien en détention d’Antonin.
À ce jour, le dossier judiciaire est vide et la juge d’instruction, Sabine Kheris, n’a toujours pas commencé ses investigations ; l’enquête policière n’avance donc pas, et pour cause, puisqu’ils n’ont pas d’éléments contre Antonin. Celui-ci conteste d’ailleurs les faits qui lui sont reprochés, ce qui ne laisse aux autorités que l’option de la manipulation : preuves erronées, nouvelles affaires à charge mensongères et négation totale du principe de présomption d’innocence – autant de procédés systématiquement mis en œuvre dans l’affaire dite du quai de Valmy ou celle de Tarnac. Sa détention est uniquement fondée sur son profil de militant et sa condamnation dans l’affaire du quai de Valmy.
Comme si cela ne suffisait pas, l’administration pénitentiaire a décidé de le placer en isolement depuis le 9 mai 2019, toujours en raison de ses activités politiques. En outre, les permis de visite de ses proches ont été perdus par la juge et n’ont pu obtenir de validation qu’après une décision en appel au bout de deux mois. Antonin n’a donc eu que la visite de son avocat depuis le début de sa détention. Évidemment, ses courriers comme ceux de ses proches sont bloqués chez la juge. De plus, Antonin estaujourd’hui dans l’impossibilité de poursuivre son master, lui qui avait déjà dû valider sa licence en détention à Fleury.
Cet acharnement judiciaire contre un militant ne sort pas de nulle part. Il s’ancre dans les formes de justice d’exception et de répression de masse forgées depuis des décennies dans les quartiers populaires et utilisées depuis quelques années contre les militants et les mouvements sociaux qui contestent les politiques gouvernementales. Le mouvement des Gilets Jaunes a sans aucun doute constitué un nouveau pas franchi dans ce tournant autoritaire, avec ses dizaines de mutilations, ses milliers de gardes à vues et ses 800 condamnations, dont 388 se sont traduites par de la prison ferme. Au sein de cette criminalisation croissante des mouvements sociaux, les antifascistes et les autonomes sont particulièrement ciblés depuis des mois : noms des supposés leaders diffusés dans la presse, arrestations préventives le jour des manifestations (qui aboutissent de fait à des « interdictions de manifester », mesure pourtant retoquée récemment par le Conseil constitutionnel), incarcération d’Antonin, dont Alain Bauer dira à la télévision, sans peur du ridicule, qu’elle explique le faible nombre de « blacks blocs » présents à Paris le 1er mai 2019.
À l’heure où le gouvernement tente d’imposer une fausse alternative entre « populisme » et « progressisme », l’acharnement judiciaire contre Antonin et ses camarades doit être pris pour ce qu’il est : la vengeance de l’État contre celles et ceux qui ont rendu impossible l’amalgame entre fascistes et Gilets Jaunes. Celles et ceux qui demeurent intraitables faces aux bandes d’extrême-droite sans pour autant céder d’un pouce face à l’autoritarisme délirant du bloc au pouvoir.
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PS : Journaliste, un boulot dangereux


jeudi 13 juin 2019

Y'a pas photo

Vivian Maier

Finalement, j'aurais traversé cette existence en prenant le soin de toujours me tenir à distance. Comme une ombre. En touriste. Mais sans guide, sans la moindre photo, pas même un selfie.

Charles Brun, No followers

mercredi 12 juin 2019

Remèdes personnels

Edouard Boubat

Je lui ai dit que j'étais déjà couché mais elle a insisté pour passer. Je me suis réveillé dans la nuit. Je n'ai pas réussi à la joindre. Le lendemain, elle faisait la gueule au téléphone. Malgré ses coups répétés à la porte de mes 12 mètres carrés, je n'avais rien entendu. A cette époque, je dormais comme un pacha, sans besoin d'alcool ou de drogues. Pour me faire pardonner, je me suis installé dans son grand appartement haussmannien. Peu après, commençaient mes insomnies dont je ne me débarrasserai jamais malgré de nouveaux bras, toutes ces médications en haut lieu recommandées et mes remèdes personnels trouvés dans les livres, les bars et les bas-fonds.

Charles Brun, Insominies, vol. 3

samedi 8 juin 2019

Oui, c'est cela

Atelier Manassé

10 novembre 1898
Nous prononçons de ces paroles inutiles et vaines que le simple mouvement de la marche fait sortir de la bouche.

Quelquefois, je me désole de n'avoir pas de génie. Eux, ils m'étonnent : ils écrivent, ils écrivent ! Moi, je ne peux pas. Je ne trouve rien ou, plutôt, je n'accepte rien de ce que je trouve. Oui, c'est cela. C'est simplement que je refuse de me servir d'un certain talent qui leur suffit.

Elle dit d'abord : « Qu'est-ce que vous faites ? » et, aussitôt après : « Qu'est-ce que tu vas chercher par là ? »

Jules Renard, Journal

jeudi 6 juin 2019

Retour au réel…

Liu Heung Shing

Notre président ne rate jamais une occasion de nous amuser. Jamais. Le jour de sa participation aux commémorations du 75ᵉ anniversaire du Débarquement allié en Normandie, un communiqué de l'Elysée laissait entendre qu'aux yeux de Macron « entretenir l’esprit de combat de la Résistance participe aussi de l’art d’être Français ».
2 400 blessés, une femme tuée, 23 éborgnés, 5 amputés, un testicule amputé, des pertes d’odorat…, le bilan provisoire du mouvement dit des Gilets jaunes serait d'ailleurs, selon Laurent Nunez, secrétaire d’État à l’Intérieur, purement anecdotique, le prix de la liberté en quelque sorte. Ce brave homme affirmait récemment sans rire : « Nous n’avons pas de regret sur la façon dont nous avons mené l’ordre public et la sécurité publique (...) Ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un œil a été éborgné, que la violence est illégale »…


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République exemplaire, vous vous souvenez ? C'était ça ou le fascisme...
La semaine dernière, nous apprenions que plus de la moitié des membres du gouvernement d'Edouard Philippe avait subi un redressement fiscal en 2018. En haut lieu — la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, en l'occurrence — on s'empressait de nous indiquer que ces étourdis étaient tous de bonne foi et que tout est dû à un système fiscal en France très complexe.
Hier, la presse titrait sur les ennuis de l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, visé par une enquête pour détournement de fonds publics avec, à la clé, des emplois municipaux fictifs de son ex-compagne durant plus d'une vingtaine d'années… Pour sa défense, le vieux briscard dénonçait un complot destiné à lui faire perdre la mairie de Lyon aux élections muncipales de 2020. Qui pourrait en douter ?

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République exemplaire toujours avec cet autre détournement de fonds, et de propos, autour du fameux Grand débat national, que certains esprits pernicieux ont qualifié de campagne orchestrée par La République en marche (vers quoi ?) en vue des Européennes, et dont le coût s'élève, officiellement, à 12 millions d'euros —« c’est le coût de la démocratie », disait l'un des ministres chargé de la coordination de la chose. Etrangement, l'after de ces réunions publiques surmédiatisées et agrémentées de longs monologues d'un mauvais comédien que ne renierait aucun dirigeant caricatural d'une république bananière ne semble plus intéresser grand-monde, du moins aucun média. Nous sommes passés à autre chose. De plus, c'est bientôt les vacances.

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Dès le début de ce mois de juin, les tarifs d'électricité augmentent de près de 8%. Au nom de la concurrence, nous dit-on. Et puis, ce n'était pas au programme du Grand débat. Faut suivre.
Ces prochains jours, le Parlement devrait se pencher sur le projet de loi « contre la haine sur Internet », inspiré par une disposition allemande de 2017, appelée NetzDG, et qui imposera aux principaux réseaux sociaux de retirer ou de rendre inaccessible dans un délai maximal de 24 heures après notification de la police ou du public tout contenu haineux sur le net, sous peine d’une amende de 4% de leur chiffre d’affaire. Autrement dit, la justice publique sera à terme, dans l'indifférence générale, remplacée par Facebook, Google ou Twitter, entreprises comme on le sait citoyennes et philanthropes…
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Produit des réseaux sociaux, des sponsors à gogo, et accessoirement du football brésilien, Neymar jr., que l'on ne présente plus, s'est de nouveau, la nuit dernière blessé à la cheville après 20 minutes de jeu lors d'un match amical contre le Qatar dont il est le porte-étendard grassement rémunéré. Une énième blessure qui tombe bien pour l'homme que l'on surnomme au Brésil Cai Cai (du verbe tomber) en raison de ses simulations de souffrance à répétition sur les pelouses. Ce pauvre attaquant qui, à 27 ans, tarde à démontrer les espoirs placés en lui dès son plus jeune âge par l'impitoyable machine du foot-business, va pouvoir se consacrer à sa défense. Depuis quelques jours, Ney est dans la tourmente, on le sait. Accusé d'agression et de viol par une jeune compatriote se prétendant mannequin, "rencontrée" sur internet et dont il a payé le billet d'avion et le séjour à Paris pour la connaître en profondeur, la star du PSG plaide, elle aussi, non-coupable. Dans une vidéo postée sur la toile, le joueur affirmait il y a quelques jours être tombé dans un piège mais s'enfonçait légèrement en filmant l'écran de son téléphone, nous permettant d'assister aux échanges virtuels entre ces deux jeunes gens dont des photos et des vidéos évocatrices. Alors que son père, qui officie également comme son agent, organise la communication de la star après avoir tenté d'arranger l'affaire à coup de biftons discretos, la mère somme son rejeton de revenir vers Jésus : « Mon fils, maintenant que la vérité de Dieu est en train de remonter à la surface, c'est le moment de tirer des leçons de tout ça et de revenir vers Jésus, ton premier amour », lui a-t-elle déclaré, toujours par réseaux sociaux interposés. L'éternel espoir et insatiable fêtard, devrait désormais répondre de deux chefs d'accusation : le présumé viol et la divulgation d'images intimes de la jeune mannequin de la toile sans son consentement.
On en était là de cette histoire sordide et pathétique lorsque je découvre ce matin que tout pourrait se retourner finalement contre la jeune femme, déjà lâchée par ses avocats en raison de contradictions flagrantes dans le récit qu'elle fit de cette fameuse nuit agitée. La victime n'a rien trouvé de mieux que de poster à son tour une vidéo tournée dans la chambre du palace parisien… le soir suivant le viol. On y voit Neymar s'allonger sur le lit, le "mannequin" lui grimper dessus et lui administrer une série de torgnoles. Le présumé violeur de la veille implore la gifleuse, les larmes dans la voix, de ne pas le frapper. C'est tout juste s'il n'appelle pas à l'aide son papa. La vidéo dure 7 minutes, nous dit-on, et devrait nous être proposée tout au long de l'été comme une sorte de télé-réalité encore plus vraie que la plus vraie des télé-réalités. Non, mais allô, quoi...
Fort heureusement, les femmes vont tout de même être à l'honneur avec le Mondial de foot féminin qui se tient en France et débute sous peu
Apaga y vamonos, comme on dit au pays de mes parents.


mardi 4 juin 2019

Encore des mots, toujours des mots



la tête lourde et les yeux collés encore
les nerfs à vide
ils s'évadent comme des porcs
sans cesse effaçant leur trace
assis sur les chiottes
je les chasse
devant ma tasse de jus déjà vide
dans les sous-bois avec le chien
aux pieds ! aux pieds !
une deux trois fois
je n'écoute plus leurs paroles
moulinées
tics de langage
dans l'herbe folle
le cimetière en attente
un détour de ce côté-ci de la flotte
pour éviter les tentes
des hommes poubelle
ombres perdues
effacées de la ville
plus belle la vie
pourquoi faut-il que l'on sème
d'autres mots inutiles
et ce silence avant la fin

Charles Brun, No Woman No Cry