La vérité si je mens
– Encore cet avertissement ?
– De quoi tu parles ?
– Là, sur l'affiche. Ce « D'après une histoire vraie ».
– Ah, je ne l'avais même pas vu…
– On s'habitue. Tu ne peux plus aujourd'hui voir un film, lire un roman sans qu'on t'avertisse. C'est la suite du JT, la Pravda, un épisode de Faites entrer l'accusé, de la télé-réalité ?
– Tu exagères, comme toujours. Tu sais de quoi ça parle ?
– Non.
– On ira le voir alors, comme ça tu découvriras cette histoire incroyable.
– Je ne comprends pas. Ça rassure le consommateur ?
– Quoi donc ?
– Qu'il ne s'agisse pas d'une histoire imaginée par un auteur. C'est une caution, ce « D'après une histoire vraie » ? Ça fait peur, l'imagination ? Que quelqu'un avec son stylo, son ordinateur, ait pu mettre noir sur blanc ses rêves, sa fantaisie, ses fantasmes, ses obsessions, sa connerie même, au secours !, surtout pas ça ! Fake news ! Tout doit être carré, aseptisé, lisible…
– Oui, ça rassure peut-être les gens que le récit soit au plus près de la vérité.
– Quelle vérité ? Celle que l'on a déjà entendue, que l'on croit connaître ? Dès que tu construis un récit, des personnages, tu fais de la fiction. Ce n'est pas à toi que je vais apprendre ça. Dans notre monde, comme dirait l'autre, le vrai n'est qu'un moment du faux. Dès que Trump ouvre sa grande gueule, il a beau le faire sur Truth social, il a beau mettre des MAJUSCULES, dénoncer les médias qui colportent des fake news, on sait qu'il ment… Les films, les livres, et même la musique, bientôt tous écrits avec une IA – c'est moins cher qu'un auteur –, ça aussi, ce sera vrai, au plus près de la vérité ?
– Il y aura toujours des auteurs, des comédiens, des musiciens, des romanciers…
– Fake news !
– Si j'ai bien compris, tu ne veux pas aller voir ce film ?
– Truth !
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