mercredi 4 mars 2026

La vraie consolation




Je n’ai pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme un oiseau dans l’air et un poisson dans l’eau. Je ne possède qu’un duel, et ce duel se joue à chaque instant de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et approfondir mon désespoir, et les vraies consolations, qui me conduisent vers une libération temporaire. Peut-être devrais-je dire la vraie consolation, car à proprement parler il n’y a pour moi qu’une seule consolation réelle : celle qui me fait savoir que je suis un être libre, un individu inviolable, une personne souveraine à l’intérieur de ses limites. 
Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus sûr de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté, c’est que ma peur cède la place à la joie paisible de l’indépendance. On dirait que j’ai eu besoin de la dépendance pour connaître enfin la consolation d’être libre, et c’est certainement vrai (...)


 

Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est insatiable. 
Et seize autres textes

trad. Philippe Bouquet, Alain Gnaedig,
éd. Agone, 2025, 10 euros
 

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