samedi 9 novembre 2019

Un violon sur la table

chaleureusement
je me suis souhaité bonne chance
pour ma nouvelle vie
lorsque la porte comme au boulevard
a claqué me laissant sans public
seul avec mon meilleur ennemi
il fallait l'éloigner des coulisses
la rue flottait depuis des heures
et pas un chat pas une sirène
pas un cirque pour engager
cet acrobate estropié et fier
où prendre la fuite lorsqu'il n'existe plus d'
île déserte sur laquelle échouer
un café de maraîchers
dressait son
faux marbre au comptoir
des hommes s'y accrochaient bien
plus morts que moi
appuyé au mur du fond
ellis un violon sur la table
m'a souri en levant son whisky
il vient toujours prendre un verre
ici lorsqu'il passe chez le luthier
du quartier m'a dit la serveuse
une européenne qui m'accordait un tango
qu'on ne trouvera jamais sur les réseaux
ses yeux noisette lorsqu'elle les posaient
sur les fantômes
étaient presque taillés en amande
gardel chantait l'humble joie de son cœur
c'était à chialer
les autres commentaient l'actualité 
je n'ai rien pigé
l'effondrement à venir qu'un beau garçon
prophétisait entre deux avions
d'un seul trait j'ai vidé les lieux
suis allé reluquer magasins
banques et les journaux du kiosque
qui préparaient tous les fêtes de fin
du monde
tout avait l'air en ordre
je sentais son poids sur moi
prêt à l'abandonner sous x
aux urgences
dans un camp de réfugiés
mais il m'a offert ses belles dents en sourire
t'inquiète pas on en verra d'autres
et des plus sombres
faut juste que tu m'aimes un peu
me tapotant chaleureusement l'épaule
comme un bon fils de pute

Charles Brun, Poésie urbaine à ordures




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