Un bon texte tient tout seul. Traîner pendant des années sur un manuscrit ne peut pas, sauf exception, donner un livre sans artifices, subterfuges et concessions. Il y a un immense plaisir à progresser rapidement, à se débarrasser de ce qui encombre l’esprit, à brûler sous le vent. Il y a de l’incendie dans le sentiment littéraire. L’écriture procède aussi par ravages, par dévastations successives, par raz-de-marée, par tempêtes, par cataclysmes. J’ai noté que les pages dont je suis le plus satisfait ont été écrites sans précautions particulières, d’un seul jet et qu’il est fort rare qu’il ait fallu à la relecture y remplacer un mot par un autre mot mieux approprié. Tout était impeccable tout de suite. C’est ainsi que je comprends ces choses. Dès qu’on commence à se torturer, on peut être sûr qu’on torturera le lecteur, que la prose perdra de son aisance naturelle, innée, qu’elle s’échafaudera sur des principes, sur des béquilles et qu’elle n’aura jamais cette évidence de la vie. Ce sera peut-être un bel objet verbal. Qu’on lira peut-être, mais qu’on n’entendra pas. On en oubliera vite le contenu. On ne lui accordera pas plus de considération qu’à un produit manufacturé. On aura sacrifié le plaisir, celui d’écrire, celui de lire.
Franz Bartelt, Ecrire,
ed. Hardies, 2026







