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| Adolph Fassbender |
Pluie sur la mer
et sur la vitre. Plus rien n'existe.
Je cherche dans tes yeux.
Personne. Le vent. La mort
ne nous regarde pas.
Roberto San Geroteo, Le chien d'à côté se tait,
ed. Alidades, 2002.
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| Adolph Fassbender |
Pluie sur la mer
et sur la vitre. Plus rien n'existe.
Je cherche dans tes yeux.
Personne. Le vent. La mort
ne nous regarde pas.
Roberto San Geroteo, Le chien d'à côté se tait,
ed. Alidades, 2002.
Thomas Hoepker
Dans le bazar des éditions et des traductions françaises de la poésie de Charles Bukowski, a paru en septembre dernier et catimini le recueil Oiseau moqueur souhaite-moi bonne chance. Cassis Belli s'est chargé de la jolie fabrication, Christian Garcin de la traduction.
Rares sont les librairies qui proposent ce volume à leurs clients. C'est aujourd'hui, paraît-il, la journée du livre, aussi, à l'heure où le landerneau littéraire se mobilise contre la concentration qui frappe ce petit monde, et pour la défense de l'indépendance des éditeurs, n'hésitez pas à aller emmerder votre boutiquier préféré, ou le premier sur qui vous tombez, il est obligé de vous le commander. Sinon, vous êtes en droit de le dénoncer – lui et toute l'hypocrite chaîne du livre !
être mangé par un porc qui a
mauvaise haleinealors que les citrons se balancent dans le ventjaunes et nôtres.
***
c'est les tarlouzes qui font ça
ou alors c'est parce que vous avez
peur de mourir ?
biceps, triceps, forceps,
qu'est-ce que vous allez faire
de ces muscles ?
eh bien, les muscles plaisent aux femmes
et tiennent les brutes
à distance –
et
alors ?
est-ce que ça vaut la peine ?
est-ce que ça vaut les œuvres complètes de Balzac ?
ou 3 semaines de vacances
en Espagne ?
ou alors, est-ce une autre manière de
souffrir ?
si vous étiez payé pour le faire
vous détesteriez ça.
si un homme était payé pour faire l'amour
il détesterait ça.
pourtant, on a besoin de faire
de l'exercice –
ce jeu de l'écriture :
seuls le cerveau et l'âme se
dépensent.
arrêtez de vous plaindre et
faites-le.
pendant que les autres
dorment.
vous soulevez une montagne
d'où s'écoulent
des rivières de poèmes.
Petit matin, avant le chagrin, passé avec l'idiot du village grâce aux archives de la radio publique. Cet hommage à Gaston Chaissac, malgré le ton pédant de certains intervenants, vaut le détour, comme on disait autrefois.
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| Michael Wolf |
Mon être tout entier est un verset obscur
Qui t'emportera en se répétant encore et encore
Vers l'aurore
Des éclosions et des floraisons éternelles
Moi, dans ce verset, je t'ai soupiré, soupiré
Moi, dans ce verset, je t'ai greffé
Aux arbres, à l'eau, au feu
Forough Farrokhzad, extrait de "Une autre naissance",
in J'irai jusqu'au rivage du soleil,
trad. Leili Anvar, Poésie/Gallimard
L'autre matin, à pas d'heure, le hasard balançait dans mon casque la voix amusante et tremblotante du lieutenant Rosenthal, transmise par le passeur Claude-Jean Philippe en 1976, et sortie de l'oubli grâce aux archives de la radio publique ci-dessous… Des revues de cabaret à Duvivier, en passant par Renoir donc, Hawks et les débuts de la Bacall, Gabin, Berry, Fresnay… Y a-t-il un éditeur dans la salle pour republier ces mémoires hors du commun ?
Mon ami Angelo Crippa, professeur de cinéma et directeur de recherches, confronté parfois à de sacrés morceaux de blues, me fait parvenir ces quelques lignes, pastiche d'un film d'autrefois, cher à nos cœurs. Les inconsolables les plus cinéphiles auront la réf, comme on dit aujourd'hui. Les autres se feront aider par une bonne âme de leur entourage – il en reste, j'en suis certain – les réseaux ou l'IA…
C’était l’époque où je travaillais comme enseignant-chercheur dans une fac de province, au premier étage d’un bâtiment avec vue imprenable sur les quartiers bourgeois de la ville. Ça aurait pu tout aussi bien se passer à Montréal, à Zurich ou ailleurs, il y aurait eu la même proportion de tatoués, de punks et de jeunes filles de bonne famille – les mêmes créatures aux yeux fatigués d’avoir trop regardé leurs téléphones… Je pouvais leur raconter n’importe quoi, Carroll, Bordwell, Metz… de toute façon, ils n'écoutaient pas. Tout ce qu’on me demandait c’était de faire le moins de bruit possible, juste un peu d’ambiance, quelque chose de ouaté, comme un velours, pour accompagner leurs clics sur les réseaux sociaux… Alors, je rejouais pour moi tout seul les vieilles analyses de séquence d'un Demy ou d'un Minnelli, dont j’essayais en vain de retrouver le phrasé… Allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’un prof commentant son powerpoint pendant que vous scrollez sur Instagram ; si ça se trouve lui aussi il est amoureux.
Les guerres, la peste ? – leur fin est proche.Et leur sentence est presque prononcée.
Mais qui nous gardera de la terreur
Appelée autrefois la course du temps ?
Traduit par Christian Mouze pour les élégantes éditions La Barque, le dernier recueil d'Anna Akhmatova, La Course du temps, voit enfin le jour chez nous dans une version proche de celle voulue par la poétesse – le livre publié en 1965 en Russie avait été expurgé par son éditeur. Cette anthologie regroupe des poèmes composés de 1924 à 1964, et peut être lue comme une façon d'autoportrait, parcours douloureux de cette femme longuement soumise à la censure, mais aussi à la révolution, la terreur, la privation de ses êtres chers, le goulag, la guerre, l'exil, la faim…
Anna Akhmatova était, on s'en souvient, l’une des protagonistes de Premières à éclairer la nuit, excellent ouvrage paru chez Arléa en 2024. Cécile A. Holdban avait imaginé la correspondance de quinze poétesses du XXe siècle (Edith Sodergran, Marina Tsvetaïeva, Alejandra Pizarnik, Antonia Pozzi, Sylvia Plath, Forough Farrokhzad…), toutes aux destins tragiques.
Quant à Forough Farrokhzad, elle fait l'objet d'un des derniers volumes de la collection poésie/Gallimard, J'irai jusqu'au rivage du soleil. Titre somptueux qui regroupe l'ensemble d'une œuvre trop courte…
Ne jamais prendre un désespoir au mot.
Paul Gadenne
Parution enfin, quatre ans après Le long de la vie, 1927-1937, du deuxième volume des Carnets de Paul Gadenne, couvrant la décennie suivante. Nous devons ce travail colossal et artisanal à Stéphane Bernard, créateur des éditions des instants, structure œuvrant dans l'ombre sous forme d'association. Une précieuse oasis dans la fadasse surproduction littéraire. Plus de 900 pages dans l'intimité de l'auteur de Siloé, que demande le peuple ? On y reviendra.
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| Luc Moreau |
Qu'est-ce que la magie, demandes-tu
dans l'obscurité d'une chambre.
Qu'est-ce que le néant, demandes-tu,
en sortant de la chambre.
Et qu'est-ce qu'un homme sortant du néant
et revenant seul dans la chambre.
Leopoldo María Panero, Ars Magna
trad. maison
Aussi curieux que cela puisse paraître, s'est faufilé dans la production des éditions Fayard – sur laquelle il est inutile de revenir ici –, un ouvrage indispensable pour tous les amateurs de cinéma.
Extrêmement documentée, Une brève histoire du cinéma, 1895-2025, signée Martin Bannier et Laurent Jullier, balaie soigneusement les 130 années (voire un peu plus) d'innovations artistiques et de mutations technologiques traversées par l'industrie cinématographique aux quatre coins du monde.
Quelle mine ! Et quel boulot !
Quant au choix de la couverture, n'en parlons pas…
Et le tout pour quelques 12 malheureux euros. Bravo, messieurs.