vendredi 31 mars 2017

Ma femme en a besoin


Ce n’est pas mon vrai nom que vous lisez ci-dessus – celui auquel il appartient m’a donné la permission de l’utiliser pour signer ce texte. Je ne divulguerai pas le mien. Je suis éditeur. Je publie de longues histoires d’amour écrites par de vieilles filles du Dakota du Sud, des romans policiers qui parlent de riches hommes du monde et de femmes apaches dotées de « grands yeux noirs », des travaux sur telle ou telle menace ou sur la couleur de la lune à Tahiti, rédigés par des universitaires et autres chômeurs. Je n’accepte aucune œuvre de fiction proposée par des écrivains de moins de quinze ans. Les éditorialistes et les communistes (je confonds toujours ces deux mots) me vouent aux gémonies parce que je ne m’intéresse qu’à l’argent. C’est vrai, je suis extrêmement vénal. Ma femme en a besoin. Mes enfants dépensent sans compter. Si on m’offrait tout l’argent qui s’entasse à New York, je ne le refuserais pas. Je préférerais publier un livre qui promette un premier tirage de cinq cent mille exemplaires, plutôt que d’avoir découvert Samuel Butler, Theodore Dreiser et James Branch Cabell la même année. Vous penseriez comme moi si vous étiez éditeur.


Francis Scott Fizgerald, Reconnaissance de dette 
in Je me tuerais pour vous et autres nouvelles inédites,
éd. Grasset/Fayard

jeudi 30 mars 2017

Ce que je veux dire est très simple




J'avance en âge mais vraiment
je recule en toute autre chose
et si l'enfance a pris du temps
à trouver place en moi je pense
voilà qui est fait et je suis
devenu susceptible au point
qu'on peut me faire pleurer rien
qu'en me prenant la main Je traîne
en moi ne sais quelle santé
plus prompte que la maladie
à me faire sentir la mort
Tout m'émeut comme si j'allais
disparaître dans le moment
Ce n'est pas toujours amusant.


A quoi pense un homme vous moi
quand il ne pense rien voilà
ce que j'aimerais bien savoir
S'il faut travailler pour garder
une étincelle de pensée
et du coup la défigurer
à notre pauvre ressemblance
non je n'y vois pas avantage
Quoique ne travaillant qu'à peine
Juste assez pour ne rien troubler
de l'eau pure qui nous amène
de temps à autre chi lo sa
au mystère qui reste entier
Quand aurons-nous le privilège
d'être pris si peu que ce soit
dans les rets de son meilleur piège
Ne faisons pas l'homme Ecoutons
plutôt ce que parler veut dire
Il est rare que nous prenions 
un mot pour un mot sans délire
qui l'éloigne alors de sa source
et le rend humain malheureux
qui n'attendait rien de sa course
sinon qu'on lui tende les lèvres
sans ajouter métaphysique 
à son parcours L'orgueil des hommes
fait leur mort en tout et pour tout
Pull down thy vanity
I say pull down.



Ce que je veux dire est très simple
Un homme doué pour le spectacle
pour se montrer ne m'intéresse
que s'il tente de tuer ce don
afin d'y survivre sans plus
et finir tout seul le cul nul.


Georges Perros, Une vie ordinaire

Surface de réparation

 
Man Ray via Lanavenotte

On me signale qu'une récente vidéo postée ici, par sa forme, son ton et son son, serait quelque peu agaçante et finalement susceptible de rendre un peu plus confus le paysage médiatico-politique. Peut-être. Et ce serait dommage. Que les inconsolables irrités me pardonnent. Pour eux, pour tous les autres, afin de compléter, porter un autre éclairage sur le sujet, sous une autre forme, voici quelques lectures supplémentaires... ainsi qu'une autre vidéo.

Le premier texte est signé Serge Halimi. Il figure dans le dernier numéro du Monde diplomatique et il commence ainsi :
Nous entrons dans une ère politique où bien des phrases qui commencent par « Ce serait la première fois que... » semblent annoncer la réalisation d’une éventualité jusqu’alors inconcevable. En ce printemps 2017, l’élection présidentielle française marque ainsi la première fois que l’on ne s’interroge plus sur la présence du Front national (FN) au second tour : on pose l’hypothèse, encore très improbable, de sa victoire. La première fois que nul ne défend le bilan d’un quinquennat alors même que deux anciens ministres du président sortant, MM. Benoît Hamon (Parti socialiste, PS) et Emmanuel Macron (En marche !), participent au scrutin. La première fois aussi que les candidats du PS et de la droite, qui ont gouverné la France sans discontinuer depuis le début de la Ve République, pourraient être conjointement éliminés dès le premier tour.
On chercherait également en vain des précédents à une campagne aussi parasitée par l’information continue, (lire la suite ici)

Une vidéo maintenant, extraite du dernier numéro de l'émission de Daniel Mermet. Un entretien réunit François Denors, chercheur en sociologie au CNRS et Paul Lagneau-Ymonet, professeur de sociologie à l’université Paris-Dauphine.





Il n'y a pas de suite parce que je ne suis pas abonné à Là-bas... Mais, pour ceux qui n'aiment pas les jeux vidéo et préfèrent lire, voici un autre papier du Diplo (désolé, je ne suis pas abonné au Figaro, au Monde ou à Libé), signé par les deux lascars ci-dessus interviewés, rejoints par leur compère Sylvain Thine. Certes, ça date un peu, mais rien, ou si peu, n'a changé... 

Publié aux Etats-Unis en 1956, en pleine guerre froide, L’Elite du pouvoir de Charles W. Mills a suscité d’intenses controverses. Ce livre démontrait en effet que le pays censé incarner le pluralisme démocratique était en réalité contrôlé par une étroite minorité d’individus juchés aux postes de commande des plus puissantes institutions de la société moderne (Etat, grandes entreprises, armée, médias, etc.). Le sociologue reconnaissait que « l’élite du pouvoir » se laisse difficilement circonscrire : « Les hommes des sphères supérieures sont impliqués dans un ensemble de “bandes” qui se recoupent et de “cliques” unies entre elles par des liens compliqués. » Dans la France contemporaine, les choses sont plus simples : un mercredi par mois, vers 20 heures, l’élite du pouvoir s’attable dans les salons cossus de l’Automobile Club de France pour le dîner du Siècle.
De l’aveu même de l’ancien président de cette association, on y mange plutôt mal... (la suite ici)

Promis, la prochaine fois, on parle football, bière et filles à poil...

mercredi 29 mars 2017

Civilité et sécurité




Suite à un billet consacré à la police municipale de Montreuil, un ami inconsolable qui a le bonheur de travailler dans la guillerette localité autrefois chère à Eric Raoult — chevalier de la légion d'honneur, relaxé comme on s'en souvient pour des faits de violences sur conjoint et accusé de harcèlement par sms —m'envoie cette photo et le commentaire suivant dégoté sur le site de la ville désormais dirigée par Jean-Michel Genestier (DVD) :


Après une année 2016 placée sous le signe de l’emploi, la Ville a choisi de consacrer 2017 à la civilité et à la sécurité.
Dans ce cadre, vous avez pu découvrir dans les panneaux de la ville une campagne de communication visant à remercier les personnes engagées qui œuvrent chaque jour pour la sécurité des Raincéens.
Reconnaissant leur dévouement, il était primordial pour la Municipalité d'exprimer sa gratitude.

Nos banlieues sont prêtes : Marine, c'est quand tu veux, conclut mon camarade. Je pense qu'il exagère...



Dans la nuit

Robert Herman via Flash of God


J'aime embrasser
les mains, et j'aime
distribuer des noms,
les portes,
— toutes grandes — sur la nuit sombre !

La tête entre les mains,
écouter un pas lourd
quelque part diminuer,
et le vent balancer
la forêt
en sommeil, sans sommeil.

Ah, nuit !
Quelque part des sources courent,
je glisse vers le sommeil.
Je dors presque.
Quelque part dans la nuit
Un homme se noie.

Marina Tsvetaeva, Insomnie et autres poèmes,
éd. de Zéno Bianu, Poésie/Gallimard

dimanche 26 mars 2017

Le palais des images


Marcel Mariën, René Magritte, Louis Scutenaire, Paul Nougé et Noël Arnaud via arcane 17



Ne vous LAMENTEZ plus sur
LA
MISÈRE
DE VOTRE
VIE
MAIS 
VOLEZ OU ACHETEZ
UN BON
MIROIR
IL VOUS AIDERA
LE
MATIN
INVENTER
QUELQUES ACTIONS
A VOTRE
MESURE
VÉRITABLE


 ***


VOUS AVEZ
LA
VUE BASSE
MAIS N'ACHETEZ
PAS
DE
LUNETTES
MENTEZ
3
FOIS
PAR 
JOUR 
POUR 
Y
VOIR CLAIR 



 ***

LA BOUCHE
LES YEUX
LA LANGUE
LA LUXURE
ET
LE RIRE 



Paul Nougé, Au Palais des images les spectres sont rois, ed. Allia

samedi 25 mars 2017

Pas une seule

Christer Strömholm via semiotic apocalypse


et cette fille 
m'écrivait
des vers 
vingt par jour
j'oublie son nom

c'est fini
et cette femme qui n'avait
jamais autant aimé
j'ai oublié son nom et
sa bouche
cette fille qui
riait quand elle venait
dans mes bras
pareil 
et ses yeux
je reprends un verre
et cette autre
prête à tout 
une fois par semaine
pour deux heures 
dans un lit
à peine encore
un verre dans la bouteille
avoir avalé sans cesse
ces sexes
j'ai oublié leur nom
la porte claque
ils ont coupé
la musique
cette petite aimait
que je la prenne 
par le cou dans la rue
j'ai oublié sa peau
c'est mieux
elle qui voulait
être
la femme de ma vie
aussi
toi, tu me 
pleurais le jour
et riais toujours
de moi 
mais je ne vois pas
on ferme et celle
pour qui
j'ai tout abandonné
pareil
j'arrive
me voici prêt
je lève ce dernier
verre
à vous
toutes aimées
avec sincérité
et qui 
à moi
jamais plus ne pensez.

Carlos Rafael, Antología poética 1985-2008,
Espasa Calpe, Madrid
traduction maison


vendredi 24 mars 2017

Comme une obsession…



Au fond, je ne cherche pas autre chose dans la vie que les raisons de la traiter de salope. Qui ? la vie ?
Cesare Pavese, Le Métier de vivre

jeudi 23 mars 2017

Passion policière


Je viens de trouver dans ma boîte aux lettres le journal municipal, autrefois nommé La Dépêche de Montreuil, qui change de nom selon l'étiquette de l'édile. Résumons. En 2014, Patrice Bessac, 38 ans, ancien étudiant en philosophie et ouvertement homosexuel, me dit Wikipédia – ce que j'ignorais et dont je me contrefiche quelque peu –, membre du PCF, a succédé à Dominique Voynet, 58 ans mais qu'on ne présente plus. Elle-même avait pris la place de Jean-Pierre Brard, 69 ans, apparenté communiste et à la tête de la ville durant 25 ans. J'ai même connu le prédécesseur de Brard, c'est dire… Brèfle, comme dit le poète, aujourd'hui le journal s'appelle tout simplement Le Montreuillois. Depuis cette nouvelle formule, sur papier glacé, je ne loupe jamais la rubrique de Philippe Hivert, 45 ans, qui revient sur les faits historiques de la ville. J'avais dernièrement appris qu'un bistrotier montreuillois nommé Bertrand fut accusé d'avoir comploté contre Louis-Philippe, que 14 000 Montreuillois avaient pris part à la Première Guerre mondiale, ou que Charles Trenet et Edith Piaf, dite La Vedette de la radio, avaient chanté en 1936 au Parc des Beaumonts – ce même espace vert où se rend ma chérie tous les jours avec le chien. Or quelle n'est pas ma déception de constater que le numéro 31 de notre canard chéri est dépourvu de Notre histoire... Me trompé-je et ces papiers ne sont-ils publiés qu'une fois par mois? J'espère que les coupes budgétaires n'ont pas définitivement sacrifié la plume amusante et instructive de l'historien. Bougon, je me reporte cet après-midi sur l'une des colonnes régulières qui, je le sais, me remontera le moral, celle du Carnet de la police municipale, page 3. Semaine après semaine, le travail de cette police de proximité me passionne. Pour que vous compreniez mieux le grand intérêt que je lui porte, je me permets de citer ici la colone in extenso.


14 mars. Mise en fourrière d'un véhicule en stationnement gênant, place Le Morillon, d'une voiture épave et d'une autre sans plaque d'immatriculation, allée Daniel-Fery.

10 mars. Restitution à son propriétaire d'un véhicule en stationnement gênant, qui s'est acquitté sur place des frais et de l'amende, rue Emile-Baufils.

9 mars. Enlèvement d'un véhicule en stationnement gênant, rue Edouard-Vaillant.

8 mars. Enlèvement de plusieurs véhicules dans le quartier du Morillon. Un véhicule a été retrouvé sans plaque d'immatriculation, et deux autres à l'état d'épave.

7 mars. Restitution à son propriétaire d'un véhicule verbalisé pour stationnement gênant, avenue du Colonel-Fabien, qui s'est acquitté sur place des frais de mise en fourrière.

4 mars. Mise en fourrière de 4 véhicules en stationnement gênant ou abusif boulevard Paul-Vaillant Couturier.

3 mars. Verbalisation de véhicules en stationnement gênant rue Marcel-Sembat, Denis-Buisson et Etienne-Marcel, conformément aux arrêtés municipaux qui encadrent l'installation du marché de la Croix-de-Chavaux.

1er mars. Les services de la police munipale ont accueilli quatre nouveaux ASVP (agents de surveillance de la voie publique), embauchés à temps complet. La police municipale rappelle ses missions (voir page 9)

J'obéis et file page 9. Un barbu à casquette et gilet pare-balles, tout souriant, pose devant un véhicule de la police municipale. Son nom, Frédéric Saby. Son âge n'est pas indiqué. La trentaine, dirais-je. J'apprends qu'il occupe la fonction que lui confère cet uniforme et cette voiture depuis décembre 2016. Je suis heureux pour lui. La notule intitulée Qui est-il ? Que fait-il ? affirme que le choix de ce métier est réfléchi. Car « il met en contact avec les Montreuillois et donne tout son sens au service public. Il faut être à la hauteur et répondre à leurs besoins ». Montreuillois lui-même, Frédéric Saby reconnaît « une fierté d'exercer ce métier dans sa ville, de se sentir utile… » L'article ne manque pas de rappeller que les journées d'un agent sont « très diversifiées »




mercredi 22 mars 2017

Le bonjour d'Albert




Albert Cossery est dans le vent. France culture diffuse cette semaine une série d'émissions consacrées à l'écrivain égyptien qui passa plus de 50 ans dans sa chambre d'hôtel parisienne. Pour leur part, les excellentes éditions de l'Echappée publient Le Désert des ambitions, de Rodolphe Christin, autour de la figure de celui qui affirmait écrire « pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain »... L'occasion de (re)voir l'un des rares entretiens filmés de l'auteur de Mendiants et Orgueilleux, réalisé par la télévision suisse en 1991 et dont seul un court extrait traîne sur la plate-forme de vidéos franco-américaine...



dimanche 19 mars 2017

A vomir

Ce qui console aussi, c'est de se sentir parfois moins seul devant le triste spectacle, découvrir quelques pépites dans le marasme cul-culturel
Merci à Philippe, Camille et Esther.
Et à Kery James…






Racailles !
On devrait vous nettoyer au Kärcher
Le jour où le peuple se réveille vous allez prendre cher
On a le sentiment qu'aller voter
C'est choisir par lequel d'entre vous on veut se faire entuber
Républicains ou PS
Rangez vos promesses dans vos sacs Hermès
Vous n'avez jamais connu la précarité
Vous vivez à l'écart de nos réalités
La rue le pense, j'le mets en musique
Et pour ceux qui l'ignore encore j'le rends public
Je n'soutiens aucun parti, j'marche plus dans vos combines
Vos programmes électoraux ne sont que des comptines
On prend les mêmes et on recommence
Les mêmes promesses, les mêmes mensonges
Les mêmes tapent dans la caisse, les mêmes plongent
Les mêmes sont dans la hess, les mêmes mangent
Les mêmes menteurs trafiquent les mêmes comptes
Les mêmes commis au service des mêmes pontes
Les mêmes fils de pauvres sont incarcérés
Les mêmes fils de riches sont formés pour règner
En attendant qu'un homme du peuple émerge
C'est rare de trouver un élu avec un casier vierge
Ma haine du système est toujours intacte
Lequel d'entre eux peut jeter la pierre à Cahuzac ?
Claude Guéant, Racailles !, Balkany, Racailles !, Jean-François Copé, Racailles !
Philippe Bernard, Racailles !, Harlem Désir, Racailles !, Alain Juppé, Racailles !
Tous ceux que j'ai cité ont été condamnés
Ce sont les mecs de cités qu'ils traitent comme des damnés
Vous étiez choqués par le groupe Tandem
Vous faites la même à la France, mais jusqu'à ce qu'elle saigne
Jusqu'à ce qu'elle coule comme la Grèce ou l'Italie
Vous avez meurtri le pays jusqu'à l'agonie
Cumul des mandats jusqu'où vous irez ?
Est-ce le cumul des salaires que vous désirez ?
Comme toute la France d'en bas j'crois plus aux politiciens
J'continue le combat, j'crois au réveil citoyen
Pour changer les choses il faut le vouloir
Vous n'avez pas de cause profonde si ce n'est le pouvoir
Vous faites de la politique sans conviction
Parfois vous en faites même pour éviter la prison
En costume-cravate sont les vrais voyous
Vous ne croyez plus en rien, plus personne croit en vous
Y'a qu'à observer les taux d'abstention
Faut pas trop prendre les gens pour des cons, attention
Sentez-vous le vent tourner comme vos vestes ?
Entre vous et la rue, y'a plus que les CRS
A bout de souffle, votre système est dans un cul de sac
A essayer de se débattre, comme un cul d'jatte
Vous êtes élus pour un truc
Vous ne le faites pas plus
Vous faites l'inverse, en plus
Ça ne vous gêne pas
Et si le peuple a l'idée de se rebeller
Vous disposez d'une armée de flics bien dressés et zélés
Le dialogue social gît dans un cercueil
Les keufs tirent aux flashballs, tu peux y perdre un œil
Vous faites monter le sentiment anti-policier
Usez de la police comme d'une armée privatisée

Tout le monde le sait c'est une évidence
Vous êtes complètement soumis à la finance
Vous votez les lois que les riches ordonnent
Après le 49.3 plus rien ne m'étonne
On travaille plus mais on gagne moins
On attend juste le printemps européen
On cotise pour des retraites qu'on ne verra peut-être jamais
Tout l'argent qu'on fait rentrer vous nous le reprenez
Chaque fin de mois à découvert
On a l'impression d'être esclave du système bancaire
Même les riches connaissent le jeu, jouissent des niches fiscales
Les petites PME croulent sous les charges sociales
Radar, on paye !
Péage, on paye !
Pollution, on paye !
Oh ! Qu'est-ce que vous faites avec tout ce fric ?
Que foutait Eric Zemmour sur une chaîne publique?
Payer pour propager sa haine
Semer des graines récoltées par le FN
Pour vous même Marine Le Pen est devenue fréquentable
Quiconque combat l'Islam peut s'asseoir à votre table
Incapables de gouverner vous divisez
Incapables de rassembler vous stigmatisez
Aveuglés par le pouvoir vos cœurs sont voilés
Beaucoup plus que le visage de cette femme voilée
Tous vos prétendus principes de laïcité
Ne concernent pas cette saoudienne sur les Champs-Elysées
Pour vous tout se négocie, tout est question de gent-ar
Vous êtes même prêts à livrer les banlieues au Qatar
Votre jeu est trouble
Votre discours est double
Au pays dit des droits de l'Homme
L'Etat d'urgence est devenu la norme
Et vous prétendez faire la leçon au monde entier
Imposer la démocratie à coups de mortier
Sans pitié vous avez buté Kadhafi
Aujourd'hui dans quel état se retrouve la Libye ?
La rue le pense, j'le met en musique
Vos médias le taisent, j'le rends public
J'vous tiens tête comme un mec des Minguettes
Est-ce le genre de texte qui peut me valoir une fiche S ?

Droit dans mes bottes
Je n'baisse jamais mon froc
La tête haute j'suis intègre
J'fais du Hip-Hop
Vous appelez ça de la musique nègre
J'sors en indé
Tu m'verras plus jamais
Foutre les pieds à Skyrock
Ils n'aiment pas c'que je suis, c'que je défends, c'que je porte
C'est réciproque
Ils ont travesti le R-A-P
Je fais parti des rescapés
Ils ont encensé la médiocrité
Ils ont fait du Hip-Hop de la variété
Ils ont joué les clashs pour nous diviser
Tant que ça fait de l'audience, on peut s'allumer
Quand un rappeur se fera buter
Ils organiseront un concert au nom de la paix
Yeah !
J'fais d'la musique contestataire
Vous vendez des espaces publicitaires
J'me suis sacrifié pour mes p'tits frères
Vous, vous jouez des trucs qui les envoient au cimetière
Fric et violence dans vos playlists
Vous abrutissez les miens, ça plait aux élites
Vous vous êtes servi de moi, j'me suis servi de vous
Pour que mon message passe au plus grand nombre, maintenant j'peux le faire sans vous
J'ai un public qui me soutient
J'ai fait des choses, le peuple s'en souvient
La rue vous vomit, j'le rends public
Rien n'a changé depuis Lettre à la République…


samedi 18 mars 2017

Mythologies

Steve Fitch via This isn't Happiness

23 février [1970]
Service funèbre, à Saint-Sulpice, pour une vieille de mon immeuble.
J'ai suivi les « textes » que le curé a lus. Pas un auquel j'aie adhéré. Impresion de faux d'un bout à l'autre. 
Et ce Christ  – juge et empereur – quelle dérision ! Cette vieille, qui m'a emmerdé pendant des années avec sa T.S.F.– oser dire que Jésus l'attend avec les anges au Paradis !
Non seulement les simagrées du catholicisme sont à rejeter mais encore presque toute la « mythologie » chrétienne.

Cioran, Cahiers, 1957-1972

vendredi 17 mars 2017

Piqûre de rappel

Andrés Serrano via Flash of God


On le sait, les grands médias aiment le tiède, le mou, le qui dérange pas, le qui ne mobilise qu'en une infime partie le temps de cerveau disponible du télé-é-lecteur, qu'on réveille simplement, de temps à autre, à coup de buzz... En période pré-électorale, ces entreprises accordent ainsi un espace confortable aux candidats les plus représentatifs du système médiatico-politico-économico-démocratico-machin en place. On agite certes l'épouvantail de l'extrême-droite mais l'on a pris le soin de le dépoussiérer (on ne sait jamais), et l'on mise sur un sursaut républicain incarné par ces professionnels de la profession dotés des esprits de servilité les plus développés. A la veille de ce piège à cons, Le Monde diplomatique a remis à jour le Qui possède quoi des médias français déjà signalé ici et co-réalisé avec Acrimed , histoire de rappeler qui nous informe... C'est à retrouver en cliquant deux, trois fois ici (plaisir augmenté)

mercredi 15 mars 2017

Vaniteux, égoïstes et paresseux


Tous les écrivains sont vaniteux, égoïstes et paresseux, et à la racine de ce qui les pousse à écrire réside un mystère. Ecrire un livre est une lutte horrible et épuisante, c'est comme un long accès d'une douloureuse maladie. Personne ne voudrait entreprendre une tâche pareille s'il n'était poussé par quelque démon irrésistible et incompréhensible. Pour le peu qu'on en sait, ce démon est simplement ce même instinct qui pousse un bébé à hurler pour qu'on s'occupe de lui. Et en même temps, il est également vrai de dire que l'on ne saurait écrire rien de valable sans livrer une lutte constante pour effacer sa propre personnalité. La bonne prose est comme un verre à vitre.


C'est peut-être un mauvais signe pour un écrivain de n'être pas suspect aujourd'hui de tendances réactionnaires, tout comme c'était un mauvais signe il y a vingt ans de ne pas être suspect de sympathies communistes. 


On ne saurait accepter une discipline politique, quelle qu'elle soit, et conserver son intégrité d'écrivain. 


George Orwell,
cité par Simon Leys in Orwell ou L'Horreur de la politique

Sinon, c'est foutu

je ne suis pas né pour me plaire
mon état de vie c’est la guerre
qu’un jour je me suis déclarée
Une vie ordinaire



Brice Parrain, philosophe — c'est lui qui fait la leçon à la Nana de Godard —, est également lecteur chez Gallimard. Il est à l'origine de la publication des Papiers collés de Georges Poulot, dit Perros en 1960. Les deux hommes se rencontrent et deviennent amis. Perros installé à Douarnenez, ils tiendront une longue correspondance
 
Cher Brice Parain,
Vous m'intriguez. Votre lettre sentait le printemps, les mots sautaient. Que cette joie vous entraîne par ici, nous en partagerons les effets. C'est d'accord n'est-ce pas, fin mars ? Nous avons de très doux moments, vers midi, fenêtre grande ouverte, poussière de soleil...
Je vous envoie donc mon truc [Une vie ordinaire, publié en 1967], je crois que c'est à lire d'affilée, pour en sauvegarder la petite musique. Sinon, c'est foutu. Enfin, moi, c'est de cette manière qu'il m'est venu. Vous me direz. Je ne sais trop quel titre mettre làdessus. J'en trouverai sans doute un très valable dans une dizaine d'années.
Les pêcheurs sont contents. Ils ramènent des tonnes et des tonnes de maquereaux. Jamais vu ça. L'argent circule.
La môme Tania m'a l'air bien prise. L'été sera dur pour elle. Moi, je souhaite qu'il pleuve tous les jours, comme ça, les touristes rebrousseront chemin. C'est à peine de l'égoïsme, je tiens à ma Bretagne. Mais vous, ici, me la rendez plus chère encore. Alors, on vous attend, pas de blague. Et on vous salue bien.
Georges



8 mars 1961
Cher Georges Perros,
J'ai reçu le texte hier et je l'ai lu tout de suite, le soir, deux fois. Ça grince un peu par moments, mais comme dans la vie, une chaîne de porte, ou deux arbres que le vent frotte l'un sur l'autre. À d'autres moments ça chante. C'est discret, pudique, réel. J'aime beaucoup. Il me semble qu'on vous y retrouve, particulièrement votre clignement du coin des lèvres. Je suis partisan de le publier. Paulhan ?
Le titre ; je propose : l'homme de quarante ans (à deux ou trois ans près). Je vous dirai pourquoi : c'est la différence entre l'homme de 64 ans que je suis, et qui effacerait les grincements, parce qu'il n'a plus tellement de temps à vivre. Vous, il faut les garder. Ou bien genre prélude : le commencement, ou bien : le saut. Ou bien le partage des eaux, sur le couteau et la balance, ou bien..., ou bien. etc., etc.
Je vais me mettre à relire ma pièce. Ça se précise. Je vais voir un metteur en scène demain : Raymond Gérôme, vous connaissez ? Et le dîner indispensable avec Mme Harry-Baur et lui demain en 8. Alors nous dans trois semaines environ, ou environ 8 + 21 = 29, dans les 30, 31, je pense, en somme vers Pâques, si tout va bien. J'ai envie d'y aller et j'ai peur que ça ne puisse pas arriver, tout d'un coup. Mais je crois que je ne serai pas de tout repos.
Bon courage à Tania. A bientôt, espérons.
Brice


Cher Brice Parain,
Merci, oui ça grince, mais la littérature supporte mieux. En fait, c'est quand ça va très bien qu'on peut écrire. Écrire que ça va très mal. On ne sortira jamais de cette auberge, j'en ai peur, écrire — et publier — a quelque chose de luxuaire, de désespéré au second degré. Bref, c'est un signe d'existence. Quand le malheur se dit, il n'est plus tout à fait le malheur. Le grand « malheur » veut qu'il se dise sans arrêt, à travers tous les hommes, mais on écoute... de travers. On est plus sensible à l'humanité d'un roman qu'à celle d'un homme. La poésie fait le ménage.
Raymond Gérôme, je connais de nom, je l'ai même entendu jouer Trissotin, hier, à la radio. Je crois que c'est sérieux. Le fait même qu'il se soit braqué sur votre pièce prouve quelque chose. En tout cas, pour vous, ce ne peut être qu'amusant. Nouveau. Inattendu. J'aimerais bien vous accompagner aux répétitions. On jouerait du coude.
Ici, on vous attend. On pense à vous comme si déjà. Ne faites pas faux bond. C'est tout droit, une plaisanterie, avec l'autoroute pour lancement. Et comme il fait toujours beau, ne tardez pas. J'y retrouverai la parole, un peu congelée, comme les sardines qu'on amène en ce moment, du Maroc. Alors, au revoir. Tania va bien.
Georges

Brice Parain, Georges Perros, Correspondance (1960-1971), Gallimard


A noter que Gallimard annonce la parution prochaine des Oeuvres complètes de Georges Perros tandis que les éditions Fario viennent de publier la Correspondance Georges Perros-Henri Thomas