mardi 31 mars 2015

Les dossiers de l'écran



Aphorismes suédois


Le problème de l'élistisme, c'est que seuls les éternels seconds y adhèrent. Les meilleurs, eux, s'identifient au plus grand nombre et se jugent ordinaires.

Rien ne sert de lutter contre la déprime, voilà ce que mon corps m'a appris. Laisse-toi aller à l'impuissance, m'a-t-il dit, tu ne parviendras pas à t'en débarrasser. Supporte-la, et dis-toi qu'elle te permet de voir des couleurs que sans elle tu n'aurais jamais vues : les innombrables nuances de gris, du plus clair au plus sombre.

Regarde autour de toi, et dis-toi que nul n'attend de ta part une résignation absolue.

Le point de départ de l'écrivain doit être celui du tenancier de bar : ne pas chercher à améliorer le genre humain.

Sans un petit goût de main courante, pas de biographie convaincante.

Horace Engdahl, La cigarette et le néant, Ed. Serge Safran, 2014

vendredi 27 mars 2015

Vive le naufrage !

Dans cette actualité sinistre, avec nos chers médias fascinés par la catastrophe (A320 et Marine, par exemple), une bonne nouvelle risque de passer inaperçue : Alan Parker a décidé d'arrêter le cinéma ! A 71 ans, il vient de déclarer : « Le dernier scénario que j’ai écrit est la meilleure chose que j’aie jamais faite, mais je n’ai pas trouvé d’argent pour le faire et, à mon âge, je n’ai plus la patience. » Vive l'impatience et la vieillesse ! Puisse Jean Becker avoir la même sagesse, lui qui flirte avec les 82 ans. En revanche, il nous faudra encore attendre quasiment une vingtaine d'années avant que Dany Boon, né en 1966, comptabilise assez de trimestres pour profiter d'une retraite que nous lui offririons les yeux fermés - un réflexe dont nous avons pris l'habitude face à ses films...

L'air d'une chanson (ou deux)



mercredi 25 mars 2015

Je suis A320


La grève se poursuivant à Radio France, il faut désormais se passer d'infos pas trop racoleuses le matin. Après avoir testé la navrante France inter - avant son black-out -, puis Europe 1, d'un niveau n'ayant rien à envier à la radio publique, je me suis tourné du côté de RFI, que j'écoutais régulièrement à une certaine époque. 

mardi 24 mars 2015

Le cul des filles

De la fustigation


Mon idée, quand j'écris un livre, est d'éveiller quelqu'un, de le fustiger. Étant donné que les livres que j'ai écrits ont surgi de mes malaises, pour ne pas dire de mes souffrances, c'est cela même qu'ils doivent transmettre en quelque sorte au lecteur. Un livre doit tout bouleverser, tout remettre en question. 

Emil Michel Cioran

lundi 23 mars 2015

Nouvelles d'hier

Il s'est installé au comptoir, à quelques mètres de moi. Je finissais mon verre en feuilletant le journal d'hier. Absorbé par la lecture de l'horoscope, j'essayais de me remémorer les dernières 24 heures pour voir si les prévisions avaient été exactes. 

jeudi 19 mars 2015

De l'autobiographie


Les seules autobiographies dignes de foi sont celles qui dévoilent quelque chose de honteux. Un homme qui se dépeint sous un jour favorable est probablement en train de mentir, car toute existence, vue de l'intérieur, n'est qu'une longue suite d'échecs.

George Orwell

mercredi 18 mars 2015

Fin du chômage pour les jeunes Espagnoles !

On sait combien le chômage frappe la jeune génération en Espagne – environ 50% des moins de 25 ans sont à la recherche d'un emploi. Après la loterie cet hiver, un nouveau débouché s'offre aux jeunes espagnols, surtout si ce sont des jeunes filles et qu'elles aiment jouer, nous dit-on. Et qu'elles sont modernes !

Je vous dirai combien ça fait


Tous à la rue !


Alors qu'une grève illimitée est annoncée pour jeudi à Radio France - les syndicats craignant une petite charrette de licenciements (environ 300, soit dix fois trente personnes) -, Le Canard enchaîné nous apprend ce matin que le PDG de l'entreprise publique, Mathieu Gallet, ancien contrôleur de gestion de StudioCanal, passé par le ministère de la culture  de Christine Albanel et de Frédéric Mitterrand, ainsi que par l'Institut national de l'audiovisuel (INA) dont il fut le Président, a battu à plate couture l'ex-secrétaire général de la CGT, en travaux de rénovation pour son bureau : 105 000 euros, aux frais de la princesse quelques jours après sa nomination par le CSA. De quoi nous rappeler, si besoin est, que les coupes budgétaires ne concernent pas forcément tous les secteurs d'une même boîte, privée ou publique...


Une embuscade


Certaines personnes savent, le jour d’avant, qu’elles ont rendez-vous avec lui. Et, malgré cette intuition, elles ne seront pas prêtes. Le bonheur est toujours une embuscade. On est pris par surprise. Le jour d’avant est donc le meilleur…

Erri De Luca, Le jour avant le bonheur

samedi 14 mars 2015

Back to the World

On le croyait définitivement perdu. Tant de promesses de retours non tenues. Presque 15 ans d'absence entre alcool, drogues, ennuis judiciaires, hospitalisations... Le revoici enfin. J'ai attendu un peu, histoire de fuir l'événement, n'ai rien lu sur le sujet. Et écouté ces jours-ci. Et vu un peu. Je manque encore un peu de recul, mais ça m'a l'air du niveau de Voodoo et le clin d'oeil au grand Curtis Mayfield avec un titre en deux parties intitulé "Back to the Future" définit l'ambition de Michael Eugene Archer, dit D'Angelo. J'espère simplement que le nom de l'album comporte une grande part d'ironie...


Tueurs amoureux



vendredi 13 mars 2015

Un merveilleux silence consolateur


Sur toute cette désolation régnait une suprême indifférence, juste une nuit qui prenait fin et un jour de plus qui commençait, et pourtant l'intimité secrète de ces collines, leur merveilleux silence consolateur, faisait de la mort une chose de peu d'importance. Vous pouviez toujours mourir, le désert demeurait là pour cacher le secret de votre mort, resterait là pour recouvrir votre mémoire de vent sans âge, de chaleur et de froid.
John Fante, Demande à la poussière


jeudi 12 mars 2015

Tous à poil !


Des espoirs

Cher Richard, l'autre soir, sur le boulevard, on s'est retrouvés côte à côte, prêt à traverser. J'étais au téléphone avec mon amoureuse comme un con et il m'a fallu un temps pour te regarder et reconnaître ton sourire sous ton bonnet. J'aime te croiser, comme ça, par hasard, tous les 36 de ton moi. Tu m'as parlé de toi, de nous, tu avais failli deux fois m'appeler dernièrement, le temps passe vite, les soucis, la santé, on se voit, un café ces jours prochains, tu m'appelles, et puis nos chemins se sont tournés le dos, je suis entré dans une librairie, ton livre n'était pas encore sorti ou ils ne l'avaient pas ou je ne savais pas, j'ai acheté autre chose, ou rien, j'essaie parfois rien, c'est rare mais parfois, et hier, un ami m'a envoyé ça, je t'ai retrouvé, ta voix, tes yeux inquiets, ton rire, tes mots, ça me suffit, savoir que je vais bientôt te lire.



samedi 7 mars 2015

Histoire d'une tomate (et de nos existences absurdes)

C'est un très vieux film. Qui a fait le tour de la planète. Mais je le revois toujours avec le même plaisir. Et la même terreur. C'était le début de ce que l'on a nommé la globalisation et de la fin des idéologies - cette vieille blague... Tout était déjà en place. 
Je ne connais pas de film qui permette d'établir un état des lieux aussi simple, drôle et intelligent. Je ne sais pas si le lieu qui a donné le titre au film existe toujours. Il faudrait demander à Sébastien Lapaque qui est souvent dans ce pays. Ou à ma copine C. qui y retourne en juin, tiens. Mais peu importe en définitive, d'autres zones de ce genre pullulent régulièrement ici et là. 



Mon cher petit Robert


À quoi peut bien servir l'énergie, en l'absence de génie ? À propos, aujourd'hui, je me suis levé énergiquement, c'est-à-dire d'assez bonne heure, et de ce fait, je peux écarter le reproche d'être velléitaire.

Robert Walser 

La mort en ce jardin

Alors que l'Europe tente d'étouffer encore peu la Grèce, relayé par le blogue de

jeudi 5 mars 2015

Du blues du blues du blues

C'est mon regretté ami Pierre Falardeau qui m'avait parlé de lui. J'ai du mal à l'écouter depuis la mort de Pierre. Cette chanson par exemple est insupportable. Je ne peux rester le ventre tranquille quand je l'entends. 
Je pense à Frédéric Schiffter qui écrit quelque part qu'il publie des essais parce qu'il n'a pas le talent pour écrire des chansons sentimentales. 
Si j'avais eu le talent de faire une chanson sur un amoureux pauvre – moi, par exemple –, j'aurais aimé atteindre le degré de sincérité de Richard Desjardins. Je ne l'aurais pas intitulée Jenny, mais Camille

mercredi 4 mars 2015

Entrez, entrez, je vous en prie


Juan Tallon a appris par je ne sais quel biais que j'étais follement amoureux de lui et a tenu à m'envoyer ce texte, traduction de sa dernière chronique parue dans le journal galicien El progreso et sur son blog. Je n'en reviens toujours pas, mais le voici. 

Libraire, un métier


Il y en a décidément qui n'ont rien à faire du cumul des mandats et se foutent royalement du chômage de masse en piquant le boulot des autres. Ainsi, le très sinistre écrivain-traducteur-éditeur-blogueur Christophe Claro qui devient également libraire à partir de demain et, espérons-le, jusqu'à demain seulement. 
C'est à la librairie Charybde, dans le 12e arondissement parisien, que l'on pourra brandir nos drapeaux rouges, manifester notre courroux et l'empêcher de nous présenter sept livres minables qu'il tentera de nous faire payer. En plus, c'est à partir de 19h30, de quoi nous faire rater le JT ! Claro, salaud !

Le secret derrière la porte

Prince de la comédie, Ernst Lubitsch pensait que l'homme le plus digne du monde est ridicule au moins deux fois par jour. Ce qui lui permit de peaufiner des scénarios sophistiqués, une mise en scène d'une élégance folle, laissant le spectateur additionner tout seul 1+1, ellipsant officiellement les séquences pouvant gêner le Code Hays et le studio qui l'employait. Le hors-champ d'un film de Lubitsch est ainsi plus sulfureux que toute la filmo de Catherine Breillat ou Gaspard Noé.
En 15 ans, la Lubitsch's Touch comprend Une heure près de toi, Haute pègre, Sérénade à trois, Ange, La huitième femme de Barbe-bleue, Ninotchka, The Shop around the Corner, Illusions perdues, Le ciel peut attendre, To be or not to be et La folle ingénue. Excusez du peu. Que des classiques incontournables.